Trois questions à

Jean-Gabriel Peyre, président du CNMA et de la CNE et spécialiste en céramiques européennes des XVIIe et XVIIIe

« Les prix de la céramique vont de 100 à 52 000 euros »

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 18 septembre 2007

Comment se porte le marché de la céramique ancienne ?
Les ventes publiques où j’interviens en tant qu’expert et où sont dispersées majoritairement des pièces de qualité moyenne touchent une large frange de collectionneurs. Même si la conjoncture n’est pas facile, les salles sont pleines et nous vendons la marchandise à 80 %, dans une fourchette de prix allant de 100 à récemment 52 000 euros pour un saladier révolutionnaire en faïence de Nevers (vendu à Drouot le 14 mars 2005 par la SVV Pescheteau-Badin). Mais la cote des objets a beaucoup chuté ces dernières années. Le Nevers classique se vend mal. Un petit plat de qualité de la fin XVIIe siècle en camaïeu bleu, qui valait 2 500 euros il y a cinq ans, a du mal à trouver preneur à 500 euros aujourd’hui. Il en va de même pour la faïence de Marseille : une assiette à décor floral marquée « Veuve Perrin » est passée de 700 à 150 euros en quelques années. Même constat pour la faïence de Strasbourg. Les prix ont baissé parce qu’il y a de moins en moins de collectionneurs sur ce marché. Je ne vois pas arriver de jeunes amateurs dans ma spécialité et la moyenne d’âge de mes acheteurs est relativement élevée. La seule catégorie de pièces qui semble couper court à la baisse générale des prix est la faïence de Moustiers caractérisée par le décor de grotesques, le décor mythologique, le décor « à la Bérain » ou « à la Tempesta ». Une assiette à médaillon rocaille par exemple se vend entre 4 000 et 6 000 euros, une valeur qui n’a pas bougé depuis au moins six ans. Mais même le Moustiers n’échappe pas aux modes. Actuellement, le goût se porte plutôt sur les pièces de grand feu que de petit feu. Enfin, pour les faïences exceptionnelles, qui échappent bien sûr à ces contingences, il n’y a pas de limite de prix. C’est sans doute une lapalissade mais le beau et rare se vend toujours.

Quelles sont vos dernières émotions artistiques ?
J’ai vu – deux jours avant sa fermeture –l’exposition londonienne [à la National Gallery] consacrée au Caravage, peintre que j’ai toujours apprécié tant pour le personnage que pour sa peinture. Il a une façon si percutante de peintre les hommes, sans doute parce qu’il avait la particularité de les aimer. Le tableau qui m’a le plus marqué : La Flagellation du Christ conservé au musée napolitain de Capodimonte. Il s’en dégage une beauté et une puissance singulières.

Quelle est votre actualité ?
Né en 2001 d’une scission d’avec le Comité de liaison du marché de l’art, le Conseil national du marché de l’art (CNMA), que je préside à l’heure actuelle, est le premier organisme regroupant autant d’acteurs du marché : la Confédération européenne des experts d’art (CEDEA) fédérant quatre syndicats d’experts (les CNE, CNES, SFEP et la chambre belge des experts en œuvres d’art) ; le Syndicat national des antiquaires (SNA) ; le Symev (Syndicat des maisons de ventes volontaires) et la Société d’encouragement des métiers d’art (SEMA). Nous nous réunissons régulièrement pour discuter des problèmes qui touchent nos professions. Nous avons notamment abordé – et c’est un sujet qui me tient à cœur depuis plus de deux ans – le problème de la prescription de la responsabilité des experts qui est de trente ans en règle générale (contre une responsabilité décennale en vente publique). Nous avons défendu notre point de vue auprès des ministères concernés qui nous ont assuré y travailler. Nous nous attaquons maintenant au problème des pseudo-experts en vente publique, lesquels font du tort au marché. Nous avons proposé au Conseil des ventes volontaires (CVV) de créer un groupe de travail de contre-expertise qui aurait pour objet d’alerter et d’informer le CVV de l’apparition d’objets éventuellement litigieux dans les ventes aux enchères. Le CVV a créé le 26 mai un comité consultatif qui sera composé de personnes qualifiées dont les présidents des principales compagnies d’experts. Mis en place à la rentrée prochaine, il constituera un outil indispensable pour faire le ménage en vente publique.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°217 du 10 juin 2005, avec le titre suivant : Jean-Gabriel Peyre, président du CNMA et de la CNE et spécialiste en céramiques européennes des XVIIe et XVIIIe

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