Vendredi 23 octobre 2020

Entretien

Jean-Édouard Carlier, spécialiste en art d’Océanie, galerie Voyageurs & Curieux, Paris

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 8 juin 2011 - 665 mots

Armelle Malvoisin : Spécialisé en art océanien, vous fêtez cette année vos dix ans de présence assez discrète dans le quartier de Saint-Germain, à Paris. Comment avez-vous démarré ?
Jean-Edouard Carlier : J’ai évolué dans un milieu d’antiquaires. Mes parents ont repris la galerie parisienne Brimo de Laroussilhe, spécialisée dans l’art du Moyen Âge et de la Renaissance et qui est à présent dirigée par ma sœur, Marie-Amélie. J’ai toujours été passionné par l’Océanie, d’abord à travers les récits des premiers explorateurs, à l’image de Louis Antoine de Bougainville, du comte de La Pérouse, d’Antoine Bruny d’Entrecasteaux parti à la recherche de ce dernier, ou encore du capitaine James Cook. À l’origine, la galerie recréait une véritable ambiance de cabinet de curiosités. J’y mêlais alors l’art océanien, l’histoire naturelle, d’autres objets de curiosités, mais aussi les ouvrages relatant les premiers récits de voyage dans cette partie du monde.

A.M. : Je ne vois que de l’art océanien à présent…
J.E.C.
: Rapidement, j’ai abandonné les livres et l’histoire naturelle pour me recentrer sur les objets d’art océanien. Et, depuis, je suis spécialisé dans les objets de cette région du globe, allant de la Nouvelle-Guinée à l’île de Pâques et comprenant la Mélanésie, la Micronésie, la Polynésie et l’art aborigène d’Australie.

A.M. : Peut-on vous croiser dans les foires et salons ?
J.E.C.
: Je participe au Parcours des mondes [salon parisien dédié aux arts premiers] depuis le début. Cette manifestation draine un bon dynamisme, même si, in fine, on travaille essentiellement avec les clients habituels. Il y a quelques années, j’ai participé à plusieurs reprises à Bruneaf [Brussels Non European Art Fair], mais avec la création du Parcours, il m’a semblé plus judicieux de me concentrer sur Paris. L’an dernier, j’ai été invité de la section « Tremplin » à la Biennale des antiquaires [à Paris]. J’essaie surtout d’encourager les amateurs à venir dans les galeries. Des événements de quartier autour de plusieurs vernissages, comme Rue Visconti, dont c’était la troisième édition cette année, vont dans ce sens.

A.M. : Comment se situe le marché de l’art océanien dans celui des arts premiers ?
J.E.C.
: L’art océanien constitue un marché bien plus petit en volume que celui de l’art africain. Toutefois, depuis l’ouverture de la galerie, j’ai vu se multiplier les publications et expositions sur l’art d’Océanie. Ce dernier a acquis aujourd’hui une reconnaissance complète dont témoigne entre autres sa présence au sein du Musée du Louvre depuis maintenant plus de dix ans.

A.M. : Quel est votre programme d’exposition ?
J.E.C.
: J’ai réalisé ma première exposition thématique en 2002 sur les îles Salomon, puis trois autres sur les archipels Fidji, Tonga et Samoa en 2005, la Micronésie et la Para-Micronésie en 2007, et l’art de Papouasie Nouvelle-Guinée en 2010. Pour les dix ans de la galerie (1), j’ai sélectionné trente-cinq pièces que j’aime particulièrement. Entre autres, seront présentées une fourchette cannibale des îles Fidji, une pointe de lance en os des îles Cook collectée lors du voyage de l’Astrolabe sous le commandement de Dumont d’Urville entre 1837 et 1840, une boîte à trésor Waka Huia maori de la collection du capitaine A. W. F. Fuller [1882-1961], le seul objet de cette provenance encore sur le marché…

A.M. : Qu’est-ce qu’un bel objet océanien ?
J.E.C.
: Un bel objet parle de lui-même. Mais il faut avant tout qu’il soit ancien et qu’il ait servi, tout en étant aussi une belle réalisation esthétique. La notion d’ancienneté dépend du contact entre les naturels et les occidentaux. C’est pourquoi, par exemple, un objet du fleuve Sépik en Nouvelle-Guinée collecté au tout début du XXe siècle restera intéressant, car sa découverte remontera à la fin du XIXe siècle, alors que pour d’autres régions polynésiennes, 1850 sera déjà trop tardif, les techniques ancestrales ayant évolué depuis les premiers contacts avec les occidentaux.

(1) « Art d’Océanie », jusqu’au 9 juillet, galerie Voyageurs & Curieux, 2, rue Visconti, 75006 Paris, tél. 01 43 26 14 58, tlj sauf dim., lundi et mardi 14h-19h

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°349 du 10 juin 2011, avec le titre suivant : Jean-Édouard Carlier, spécialiste en art d’Océanie, galerie Voyageurs & Curieux, Paris

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