Ventes publiques

ENTRETIEN

Jean-Claude Anaf

commissaire-priseur judiciaire à Lyon et Grenoble

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 1 octobre 2008 - 658 mots

LYON

« Qui n’avance pas, recule »

Pourquoi avez-vous décidé de céder le pôle artistique de votre activité de commissaire-priseur ?
Après 35 ans d’activités dans ce domaine, j’ai le sentiment du devoir accompli. J’ai également pris conscience de la difficulté croissante de continuer à développer, en province, un chiffre d’affaires parvenu à un haut niveau (11 millions d’euros de ventes d’art en 2007 sur 50 millions d’euros de chiffre d’affaires cumulé). Je n’ai pas eu la possibilité de regroupement, ni d’association avec d’autres professionnels. Or, qui n’avance pas, recule. Enfin, il me semble évident qu’un choix de spécialisation est devenu inéluctable dans le secteur des ventes aux enchères.

Pourquoi le choix de nouveaux positionnements est-il une nécessité pour les commissaires-priseurs ?
La loi de 2000 qui a réformé l’activité traditionnelle des commissaires-priseurs pose des difficultés à la fois culturelles et économiques car il s’agit de rapprocher deux systèmes de gestion différents que sont les ventes volontaires et judiciaires. À la veille de l’application de la nouvelle directive Services, une spécialisation des compétences et du savoir-faire est une nécessité dans les trois domaines de notre métier : l’activité artistique, industrielle et judiciaire.

Comment avez-vous vécu la libéralisation du marché de l’art français en région, notamment avec l’arrivée de Christie’s et Sotheby’s ?
La concurrence des maisons de ventes internationales en province est de plus en plus flagrante même si elles ont fermé la plupart de leurs bureaux régionaux. Il existe en régions un fort snobisme provincial qui consiste à vouloir vendre à Paris, chez Christie’s, Sotheby’s ou ailleurs.

Votre confrère neuilléen Claude Aguttes a repris les ventes d’art à Lyon. Comment cela s’est-il passé ?
Par un concours de circonstances : je voulais arrêter les ventes d’art et Claude Aguttes souhaitait mettre un pied en province. J’ai saisi l’opportunité de ce successeur, soit la cinquième maison de ventes françaises d’œuvres d’art, qui acceptait d’acquérir à la fois l’activité et le bâtiment (l’hôtel des ventes des Brotteaux), afin de maintenir Lyon au premier rang des capitales régionales des ventes aux enchères.

Quels sont vos projets à présent ?
Je compte faire une deuxième carrière dans ce métier ! Anaf Auto Auction, dont 35 % du capital appartient déjà au groupe Bernard Participations (deuxième distributeur de vente de véhicules neufs et d’occasion en France, avec près d’un milliard d’euros de chiffre d’affaires annuel), sera repris à 100 % par ce groupe industriel au 1er janvier 2011. Je me recentre sur le pôle judiciaire avec l’acquisition prochaine de l’étude judiciaire Blache à Grenoble.

Que représente cette activité judiciaire ?
En créant un binôme couvrant deux grands départements de la région Rhône-Alpes, je me donne les moyens de développer une prestation de service performante à l’égard des tribunaux de commerce dans le cadre des procédures collectives de sauvegardes, de redressements et de liquidations judiciaires, mais aussi une spécialisation dédiée aux ventes de véhicules et à la réalisation de gages, d’inventaires notariés, de gérances de tutelle et de successions. Cela représente actuellement 400 à 500 ventes annuelles à Lyon et 200 à 300 vacations à Grenoble. Au-delà de ce binôme régional, je souhaite développer mon activité judiciaire sur l’ensemble du territoire national par la création de nouveaux réseaux avec d’autres commissaires-priseurs judiciaires.

Le monde de l’art ne va-t-il pas vous manquer ?
Lorsque je me suis rendu à l’inauguration de la SVV Aguttes à Lyon le 22 septembre, je n’ai eu aucun pincement au cœur. Une page était tournée. L’art peut être une belle danseuse pour un homme d’affaires. L’art fait bien sûr une carte de visite. Mais un bon commissaire-priseur n’est pas attaché aux choses qu’il vend. J’ai toujours eu une vision entrepreneuriale de mon métier. Le secteur judiciaire me passionne car je suis en contact permanent avec des chefs d’entreprise. Un commissaire-priseur judiciaire fournit une analyse qui, vis-à-vis de l’administrateur, va être déterminante pour la sauvegarde ou la liquidation d’une entreprise. Il ne faut pas voir le côté rapace de ce métier.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°288 du 3 octobre 2008, avec le titre suivant : Jean-Claude Anaf

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