Jeudi 13 décembre 2018

Trois questions à

Jean-Baptiste de Proyart, courtier et expert en livres anciens et modernes

« Les livres sont un secteur d’avenir »

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 4 février 2005 - 623 mots

Comment se porte le marché des livres ?
Il est très solide. C’est un marché non spéculatif qui peut avoir des hausses violentes mais qui, dans l’ensemble, garde une progression constante. Il y a des secteurs plus vigoureux que d’autres, comme celui des livres de sciences et d’histoire naturelle. La littérature française se maintient tandis que la littérature anglaise connaît une croissance élevée avec des prix gigantesques. Mais, surtout, le fait nouveau, c’est qu’il y a de plus en plus d’acheteurs pour les très gros livres, autant en ventes publiques qu’en mains privées. Ces Cross Buyers viennent d’autres domaines de collection et sont attirés par les prix élevés des ouvrages. Les livres sont un secteur d’avenir où il reste encore de grandes œuvres en circulation en dépit des interventions des musées. Je pense par exemple à un exemplaire d’Ubu roi d’Alfred Jarry dans une reliure de Paul Bonet de 1950 vendu 206 250 euros le 29 avril 2004 chez Christie’s (collection Filipacchi), à De revolutionibus orbium coelestium libri de 1543 de Nicolas Copernic adjugé 666 400 livres sterling (965 000 euros) à Londres chez Sotheby’s le 10 juin 2004, ou encore au splendide exemplaire de l’Astronomicum Caesarum de Pierre Apian (1540) présenté par la librairie Thomas Scheller à la dernière Biennale des antiquaires.

Quelles sont vos dernières rencontres artistiques ?
J’ai découvert à New York en décembre dernier un musée que je ne connaissais pas : the Hispanic Society of America fondé par Archer Huntington. Il se trouve sur la 155e Rue dans un quartier new-yorkais à l’abandon. Il est d’ailleurs question de le déménager en centre-ville. Il compte des œuvres incroyables de Zurbarán, Goya et Vélasquez et possède une importante bibliothèque où j’ai pu voir quelques beaux ouvrages de Cervantès, qui n’égalent cependant pas l’exemplaire du livre I de Don Quichotte que j’ai consulté à l’université de Yale, soit l’édition originale de 1605 en vélin d’époque.  Et je ne me lasse pas de revoir le magnifique portrait de Grace Elliott peint par Gainsborough à la Frick Collection.

Quelle est votre actualité?
Quand j’ai quitté Sotheby’s en juillet 2004 après onze années de maison, je pensais faire du courtage et devenir progressivement marchand. En réalité, je suis submergé par mon travail d’expertise. J’ai été sollicité pour expertiser la vente d’incunables italiens Alde Manuce chez Pierre Bergé & Associés le 19 novembre 2004 à Genève, laquelle a atteint 2,5 millions d’euros. Je travaille actuellement sur le catalogue d’une collection française qui sera dispersée à Drouot chez Pierre Bergé en avril. La vente comprend environ 400 livres illustrés et reliures, la plupart datant de 1870 à 1996, pour une estimation globale de 2,5 à 3,5 millions d’euros. Cette intéressante collection offre une perspective très novatrice autour d’un important ensemble de 80 ouvrages illustrés par la photographie, dont la moitié de livres
japonais illustrés par des photographes japonais des années 1960-1990. Je n’ai pas voulu en faire une section séparée, car ces ouvrages s’inscrivent naturellement dans l’histoire des livres illustrés sur lesquels les collectionneurs du XXIe siècle ne peuvent faire l’impasse, à l’exemple de The Map (1965), illustré par des photos de Kawada, estimé 9 000 euros, et Photothéâtre (1968), illustré par les photos de Moriyama, estimé 2 500 euros. Notons qu’à la même époque, on trouve le livre pop art Flash (1968), contenant des sérigraphies de War-hol, estimé 15 000 euros, et le plus classique Paris sans fin (1969), avec des lithographies d’Alberto Giacometti, estimé 30 000 euros. Le plus beau lot de la vente reste le rare et mythique Accordez-moi une audience (1920) de la baronne d’Oettingen, illustré par de merveilleuses gravures sur bois en couleurs de Survage et estimé 60 000 euros.   

Jean-Baptiste de Proyart, courtier, tél : 01 47 23 41 18 (sur rendez-vous)

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°208 du 4 février 2005, avec le titre suivant : Jean-Baptiste de Proyart, courtier et expert en livres anciens et modernes

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