Mardi 22 septembre 2020

Hydra, nouvelle Arcadie des mécènes et collectionneurs

Par Christine Coste · L'ŒIL

Le 18 août 2016 - 804 mots

Hier île de prédilection des écrivains, cinéastes et artistes, Hydra est devenu chaque été un haut lieu de l’art contemporain en Grèce.

Hydra, ce « roc qui sort de la mer comme une énorme miche de pain pétrifié. C’est le pain changé en pierre que reçoit l’artiste en récompense de son labeur, quand il découvre la Terre promise », écrit Henry Miller dans Le Colosse de Maroussi après un long voyage en Grèce en 1939. « L’éloquence du roc » abrupt baigné de bleu où tout véhicule est prohibé et de son port circonscrit à de belles demeures étagées a toujours des allures d’Arcadie. Depuis Henry Miller, plus d’un étranger en ces lieux, tels Lawrence Durrell ou Leonard Cohen, est tombé sous le charme de cette île du golfe Saronique, terre d’armateurs et de pêcheurs à une heure et demie en bateau du Pirée. Écrivains, cinéastes ou artistes grecs continuent de s’y arrimer. C’est dans la maison familiale du peintre, sculpteur, graveur et écrivain Nikos Hadjikyriakos-Ghikas qu’a logé Henry Miller lors de son séjour à Hydra. C’est dans l’ancienne maison de Marianne Jensen, muse de Leonard Cohen et de sa chanson So Long Marianne, que Pauline Simons et son époux, l’artiste Yannis Kottis originaire de Corinthe, ont choisi d’établir il y a quatre ans leur résidence en Grèce, séduits « par la beauté du site où l’on ne circule qu’à pied ». Cette installation pour la journaliste française, spécialiste du marché de l’art, a rimé avec son projet HYam (Hydra for artists of the mediterranean), association franco-grecque créée dans la foulée en 2014 « dans le but, dit-elle, d’accompagner les artistes émergents issus de pays de la Méditerranée dans la promotion de leur travail sur la scène internationale ».

D’une installation à l’autre

The Expectation, de la jeune artiste grecque Maria Tsagkari, est la première œuvre in situ éphémère produite par HYam à Hydra [photos]. Dans un parterre de roches, longé par un chemin surplombant la mer, l’installation se développe, discret maillage disséminé de fleurs et de plantes bleues, reproductions à l’identique d’origan, d’immortelles, de chardons et de lavande que l’on retrouve à leurs côtés odorants et asséchés. La fleur bleue décrite dans le rêve du héros du roman inachevé de Novalis, Heinrich von Ofterdingen, matrice originelle de l’œuvre, convoque en ces terrains arides assoiffés un message d’espoir et de paix. La vision tranche avec l’inquiétant désordre de crabes et de pinces de crabe en céramique conçu par Roberto Cuoghi dans l’ancien abattoir de l’île, alloué par la municipalité à la puissante et prestigieuse DESTE Foundation de l’homme d’affaires et grand collectionneur Dakis Joannou. D’une installation à l’autre, il n’y a qu’un pas. Chaque été, la sévère construction élevée à flanc de rochers léchés par la mer, désormais référencée sous le nom de la Projectspace Slaughter-house Hydra, accueille une installation inédite d’un artiste de renom. Depuis Matthew Barney et Elizabeth Peyton, en 2009, s’y sont succédé Maurizio Cattelan, Urs Fischer et Paul Chan.

En quelques années, Hydra est devenu le terreau de projets, de lieux et d’expositions de haut niveau portés par des collectionneurs et des mécènes aux profils très différents. Toutes sont en accès libre. Sur les hauteurs du village, c’est un autre grand collectionneur et mécène grec, Dimitris Daskalopoulos, président de la NEON Foundation, qui apporte son soutien à l’artiste Dimitrios Antonitsis pour son exposition collective de grande qualité à la Hydra School Projects installée dans l’ancien lycée d’Hydra. La collectionneuse et mécène américaine Pauline Karpidas, veuve aujourd’hui de l’armateur grec Constantine Karpidas, a fait figure de pionnière en ouvrant en 1999 la Hydra Workshop, autre vitrine d’artistes contemporains internationaux ou grecs de renom ou en passe de l’être. Si l’ancrage dans le port d’Hydra du yacht de Dakis Joannou conçu par Jeff Koons ne passe jamais inaperçu, l’ouverture le 24 juillet de la Hydra Workshop est un événement mondain très couru par la jet society qui n’ignore pas que Pauline Karpidas détient l’une des plus belles collections de Warhol, mais aussi la plus belle maison de l’île.

Hyam est le dernier né des projets hydriotes avec l’exposition au Musée-Archives historiques d’Hydra proposée par la Fondation Valmont à partir de sa collection d’art contemporain. Le galeriste Thaddaeus Ropac, autre personnalité à posséder une maison dans le village, et membre par ailleurs du jury d’HYam qui a sélectionné Maria Tsagkari, explique cette dynamique par « l’attractivité d’Hydra à la fois place d’une très grande simplicité et d’une haute sophistication ». L’un des autres soutiens de Pauline Simons, François Tajan, président délégué d’Artcurial, est un autre fidèle de l’île. En janvier ou juin 2017 les lauréats de la deuxième édition du prix HYam seront présentés dans les espaces parisiens de la maison de ventes. Car, dans deux ans, c’est un autre artiste, marocain cette fois, qui viendra s’inscrire au même endroit où les fleurs bleues de Maria Tsagkari ont poussé le temps d’un été.  

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°693 du 1 septembre 2016, avec le titre suivant : Hydra, nouvelle Arcadie des mécènes et collectionneurs

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