Vendredi 14 décembre 2018

Trois questions à

Hélène Bonafous-Murat, marchand et expert en estampes anciennes et modernes

«Le marché de l’estampe se porte bien»

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 18 novembre 2005 - 735 mots

 Comment se porte le marché de l’estampe ?
Il se porte bien, à en juger par le nombre de ventes aux enchères pour lesquelles la maison Bonafous-Murat (je travaille en famille) a été sollicitée cette saison : pas moins de six ventes avec catalogues en trois mois. Et en boutique, le passage est régulier. Le marché, si l’on en croit le discours ambiant, est morose, pourtant je n’en vois pas le reflet dans les ventes aux enchères qui sont très animées et où certains prix flambent. Le 29 septembre à Drouot (SVV Piasa), beaucoup d’estampes anciennes ont réalisé des prix très soutenus. Une Vue du Salon du Louvre en l’année 1753, une eau-forte originale de Gabriel de Saint-Aubin (épreuve du 2e état sur 3) ,s’est envolée au prix record de 48 130 euros. Une autre rareté, Tête de Flore (1769), soit une gravure en manière de pastel d’après François Boucher, a été achetée par un amateur de dessins pour 31 290 euros, presque dix fois son prix d’estimation. Le Garrotté de Goya, une rare eau-forte de 1778-1780 (épreuve du premier tirage), a fait 28 880 euros, quatre fois son estimation, et L’Armoire (1778) de Fragonard, une eau-forte très rare car en premier état avant lettre, est montée jusqu’à 19 250 euros. Et dans la dernière vente d’estampes modernes, le 20 octobre à Drouot (SVV Piasa), se sont également bien vendues deux planches de Paul Gauguin : Les Cigales et les Fourmis, souvenir de la Martinique, zincographie de 1889, et Misères humaines (1898-1899), une gravure sur bois tirée par l’artiste et numérotée, parties respectivement à 38 500 et 50 540 euros.

Quel est votre dernier coup de cœur artistique ?
Mon dernier coup de cœur remonte au mois dernier quand je suis allée voir au petit musée Guimard (dans le 16e arrondissement, à Paris) l’exposition d’une jeune femme taïwanaise, Mei-Tsen Chen (compagne d’un graveur que nous exposons par ailleurs à la galerie), qui m’a laissé une émotion très vive. Son travail autour du thème de l’évolution sourde et organique de la vie m’a littéralement subjuguée, d’abord à cause de l’harmonie rare entre le lieu et les œuvres. Je pense particulièrement à une photographie monumentale de mousses dans les sous-bois de Meudon, longue de plusieurs mètres et qui épousait parfaitement la forme de la pièce en arc de cercle. Il y avait aussi des dessins étonnants produits par la prolifération contrôlée de moisissures sur la feuille. Celle-ci avait été oubliée un moment dans l’humidité d’une cave du Jura !

Quelle est votre actualité ?
J’attire votre attention sur deux prochaines ventes. La suite de la collection Petiet, le 8 décembre à Drouot (SVV Piasa), offrira aux amateurs un ensemble de onze importantes estampes d’Henri Matisse, parmi lesquelles La Persane de 1929 (est. 25 000 euros) ; neuf planches de Picasso datées de 1905 à 1968, dont les pointes sèches L’Abreuvoir (est. 5 000 euros) et Le Bain (est. 6 500 euros), mais aussi la grande gravure sur linoléum Nature morte au casse-croûte II (est. 3 500 euros) ; une suite de six lithographies des Métamorphoses (1929) de Giorgio de Chirico (est. 8 500 euros) ; une gravure sur bois de 1898 de Gauguin, Soyez amoureuses, vous serez heureuses, de la collection de son ami Daniel de Monfreid (est. 12 000 euros) ou encore La Vague, un précieux bois gravé de Maillol daté de 1895-1898 (est. 12 000 euros). Et puis une collection d’estampes (et de dessins) de Jean-Émile Laboureur (1877-1943) sera dispersée à Drouot le 13 décembre (SVV Ader). Elle couvre toutes les périodes de l’artiste avec de rares bois gravés du début de sa carrière mais aussi les images recherchées de la Bretagne et de la Brière.
Par ailleurs, il y a l’aventure littéraire qui démarre avec mon premier roman, Morsures (éd. Le Passage). Il a été réimprimé à peine trois semaines après sa parution fin août 2005. L’histoire tourne autour du meurtre d’un commissaire-priseur de Drouot et de la disparition d’une estampe mythique du fameux graveur maniériste Bellange, qui fait voyager l’héroïne dans le passé, à la cour de Lorraine à la fin du XVIe siècle. En contrepoint à cette intrigue, j’ai voulu montrer le côté vivant et grouillant du monde des marchands, des experts et des amateurs d’art dans le Drouot d’aujourd’hui, lieu unique et parfait décor de roman, avec la toile de fond rouge sang de ses multiples salles superposées, ses rites, ses codes...

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°225 du 18 novembre 2005, avec le titre suivant : Hélène Bonafous-Murat, marchand et expert en estampes anciennes et modernes

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