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Président du Comité professionnel des galeries d’art

Georges-Philippe Vallois : « La diversité doit pouvoir s’exprimer »

Par Stéphane Renault · Le Journal des Arts

Le 7 février 2018 - 895 mots

Le galeriste de Saint-Germain-des-Prés a récemment été réélu à la présidence du Comité professionnel des galeries d’art. Il entend poursuivre le travail de promotion de ses adhérents.

Georges-Philippe Vallois, président du Comité professionnel des galeries d’art
Georges-Philippe Vallois, président du Comité professionnel des galeries d’art
Photo Valérie Le Guern
Vous avez été reconduit à la présidence du Comité professionnel des galeries d’art (CPGA). Quel bilan tirez-vous de votre précédent mandat ?
Le premier bilan est générationnel. Nous avons élargi le spectre des galeries adhérentes en faisant des plus jeunes des acteurs à part entière. En pesant aujourd’hui sur les décisions, elles se sont approprié cet outil qu’elles pouvaient auparavant juger comme purement administratif. Avec Patrick Bongers, nous avons fait un travail de pédagogie en expliquant qu’être membre, c’est défendre ses intérêts. Conséquence : nous avons accueilli une centaine d’adhérents supplémentaires, devenant ainsi extrêmement représentatifs en regroupant les galeries plus patrimoniales et celles du réseau MAP (Métropolitain Art Paris). Il était aussi important pour moi de fixer la mémoire et l’action du comité depuis sa création. Pour cette raison, nous avons publié un livre à l’occasion de ses 70 ans cette année en travaillant avec l’historienne de l’art Julie Verlaine.

Le CPGA a en outre publié un nouveau code de déontologie. Pour quelles raisons redéfinir le cadre de la relation entre galeries et artistes ?
Une image, totalement injuste, se dégage régulièrement, celle d’un métier de riches. Cela participe d’une relative méconnaissance de notre milieu. Un des premiers chantiers était de communiquer sur ce que sont les galeries, ce qu’elles font, réaffirmer que c’est un vrai travail de diffusion de la création. Le code de déontologie s’inscrit dans cette logique de définition d’un cadre qui contribue à un équilibre réglementaire entre artistes, galeristes et collectionneurs. C’est la condition pour créer de la confiance et montrer aux autorités publiques la façon dont nous entendons faire notre métier. Notre volonté est de démontrer que, contrairement à ce qui peut parfois être dit, ce n’est pas un métier d’argent facile, d’abus des artistes, d’avantages fiscaux, mais qu’en vérité la très grande majorité de mes confrères fait un travail de longue haleine, codifié, passionnant mais contraignant. Pour signifier que les galeries et les artistes marchent la main dans la main, il fallait commencer par l’écrire et renouveler le précédent code qui remontait à une vingtaine d’années.

Quels sont les enjeux pour le comité aujourd'hui et les projets dans les prochains mois ?
Il me semble essentiel de développer l’image de la profession et montrer qu’il n’y a pas un modèle unique, mais une variété de modèles. Nous avons commencé à créer une collection de monographies consacrées à des marchands d’art français de la seconde partie du XXe siècle. La première, écrite par Catherine Francblin, sera consacrée à Jean Fournier. À un moment où s’affiche une ambition de plus en plus forte des maisons de ventes – pour nous très inquiétante – qui, après avoir obtenu des ventes de gré à gré, consiste à peut-être bientôt représenter des successions, l’idée est aussi de rappeler le rôle joué par les galeries. Elles défendent aujourd’hui sur le premier marché les jeunes artistes qui demain se retrouveront sur le second marché. Nous voulons rappeler cette place de découvreur, où il est question du contexte des œuvres et pas uniquement de valeur financière. C’est dans ce lieu unique, qu’il faut absolument préserver, que peuvent se rencontrer et échanger les artistes, les critiques, les collectionneurs, les conservateurs. Nous sommes aussi en train de créer un fonds de dotation privé à usage exclusif des institutions. C’est pour nous un moyen de défendre la place de la scène française à l’international en palliant l’absence d’itinérance des expositions hors de nos frontières. Défendre les galeries, c’est défendre la scène française : 70 % de ses artistes sont représentés par notre comité. Il est important d’agréger autour de cette scène l’ensemble des acteurs économiques. Les opérateurs de ventes dépendent de l’école de Paris, de la Figuration narrative, des Nouveaux réalistes, de la Figuration libre des années 1980. Si demain on n’a pas recréé les conditions d’une existence économique pour les artistes qui ont entre 35 et 60 ans, les opérateurs de ventes seront eux aussi gravement affectés. Mon travail, c’est aussi de faire comprendre qu’au-delà des intérêts personnels et financiers, une pensée doit se tourner de façon prospective vers ce qui va à un moment donné unir le privé et le public, le commerce et l’ambition artistique.

Comment se portent les galeries françaises ?
J’ai le sentiment d’une lecture de la scène française à l’aune des galeries puissantes, bâties sur un modèle international, plus qu’à la créativité qui pourrait émaner de celles-ci. La qualité d’un artiste est malheureusement souvent jugée en fonction de la performance économique de la galerie qui le représente. Un petit groupe d’artistes réussit, mais la diversité doit pouvoir s’exprimer. Les artistes français sont très peu montrés dans les expositions institutionnelles à Paris, et de fait très peu vus à l’étranger. Pour un certain nombre de nos adhérents, il existe de moins en moins de possibilités de montrer leurs artistes dans les foires et d’être vus par les experts internationaux dont on a besoin. N’allez pas dire que je ne défends que les petites galeries. Je dis que ce métier, qui résulte d’une alchimie assez miraculeuse où la passion tient un rôle central, ne se pratique pas juste de manière multinationale. D’autres modèles peuvent et doivent continuer à exister dans une complémentarité nécessaire à la pérennité de notre scène artistique.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°494 du 2 février 2018, avec le titre suivant : Georges-Philippe Vallois, président du Comité professionnel des galeries d’art : « La diversité doit pouvoir s’exprimer »

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