Dimanche 19 janvier 2020

Art cinétique

Francisco Sobrino, la géométrie dans les spasmes

Par Henri-François Debailleux · Le Journal des Arts

Le 24 mai 2017 - 499 mots

À la galerie Mitterrand, l’artiste espagnol joue avec la perception changeante des formes et mouvements dans l’espace.

PARIS - Parmi les six artistes du GRAV, ce Groupe de recherche d’Art Visuel fondé en 1960 (et qui sera actif jusqu’en 1968), François Morellet est de loin le plus célèbre. Il est même en tête du palmarès Artindex France 2017 (publié le 28 avril par le Journal des Arts n° 478). Derrière l’artiste récemment décédé (en mai 2016), il y a Julio Le Parc également très renommé et toujours vivant (né en 1928), puis les moins connus Yvaral (1934-2002) et Joël Stein (1926-2012) et les peu montrés en France, Horacio Garcia Rossi (1929-2012) et Francisco Sobrino (1932-2014) dont la dernière exposition à Paris remonte en 2013, chez Jousse Entreprise. Il était par ailleurs présenté, en septembre 2016, à la galerie Mitterrand dans l’exposition collective « Movimientos ». C’est à la suite de cette apparition que la galerie, qui travaille désormais avec les héritiers, a décidé de lui consacrer l’actuel solo show. « Sobrino est l’égal de ses confrères, sur le plan de l’intelligence formelle et spatiale, mais aussi de l’inventivité, même s’il a un temps souffert d’être aussi cinétiste que minimaliste », précise l’historien de l’art Matthieu Poirier, commissaire invité de l’exposition.

Sans être une véritable rétrospective, l’ensemble en a toutefois le profil, puisqu’il est composé d’une quarantaine d’œuvres datées de 1957 à 2002. Un peu d’histoire donc pour montrer comment, tout au long de sa carrière, Sobrino a travaillé de façon radicale les figures géométriques, cercle, ligne, carré, pour créer des effets cinétiques et jouer avec la perception du spectateur. Le parcours se calque d’ailleurs sur ces figures pour en montrer les déclinaisons. Ainsi la première salle débute-t-elle avec le rond, qui peut faire cercle lorsqu’il est à plat, et boule lorsqu’il est en volume. Les quatre œuvres de cette première partie en constituent une belle démonstration. En outre, elles montrent comment le spectateur est invité à participer en intervenant manuellement pour créer le mouvement, aussi bien le tournoiement, à la manière d’un disque, que le balancement et la vibration comme avec un mobile. Quelquefois, à l’exemple des deux œuvres qui suivent, les rotations naissent d’un mécanisme (un petit moteur) pour générer des effets optiques, à la fois hypnotiques et vertigineux. Un peu plus loin des lignes, en bâtonnets rigoureusement disposés de façon horizontale, verticale et oblique, montrent comment elles aussi font valser l’espace. L’espace que l’on retrouve magnifiquement travaillé dans la dernière salle, notamment avec ces sculptures en plexiglas violet. Avec ce matériau, Sobrino a découpé des plaques carrées qu’il imbrique et emboîte dans des constructions savamment étudiées pour jouer avec les volumes, les transparences, les pertes de repères. Si certaines œuvres témoignent de leur époque (notamment une huile sur toile de 1959), d’autres étonnent par leur contemporanéité, à l’exemple de ces Sphères pulsations qui ne sont pas sans rappeler Xavier Veilhan !

Compris entre 13 000 et 160 000 euros, les prix sont d’autant plus raisonnables qu’il s’agit là de pièces historiques. Et qu’ils sont bien inférieurs à la cote d’un Morellet ou d’un Le Parc.

Francisco Sobrino, modus operandi

Jusqu’au 8 juillet, galerie Mitterrand, 79 rue du Temple, 75003 Paris.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°480 du 26 mai 2017, avec le titre suivant : Francisco Sobrino, la géométrie dans les spasmes

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