Dimanche 21 octobre 2018

Fiac, une édition solide et sans esbroufe

Par Frédéric Bonnet · Le Journal des Arts

Le 25 octobre 2016 - 1088 mots

La Fiac a donné le tempo de la capitale durant une magnifique semaine, renforçant sa stature de place forte de l’art contemporain en Europe.

PARIS - Avec ses food trucks et ses badauds insouciants arpentant une chaussée délivrée de la circulation automobile le temps de la semaine de la Foire internationale d’art contemporain (Fiac) – qui s’est tenue à Paris du 20 au 23 octobre –, l’avenue Winston Churchill avait presque pris des allures de fête foraine, les manèges en moins. Les manèges de toute façon personne n’en aurait eu cure, tant l’attention était tournée vers l’art contemporain ou tout simplement vers la ville et la promenade.

Symbolique, cette reconquête de l’espace public a permis de lier de nouveau Grand et Petit Palais édifiés pour l’Exposition universelle de 1900 et de rétablir une fluidité de circulation entre les deux, redevenue d’autant plus naturelle que la Fiac avait installé dans ce dernier son nouveau secteur « On Site », dévolu à des œuvres de grand format ; une initiative partiellement bien jouée, mais qui néanmoins nécessitera à l’avenir d’être mieux pensée en termes d’installation.

Une foire mature et variée
On sait le bond qualitatif effectué par la foire parisienne au cours des années passées, mais cette 43e édition a revêtu une densité particulière. En premier lieu car la décision de ne pas reconduire le satellite Officielle, mal ficelé, a été la bonne et a contribué à renforcer l’attention sur un Grand Palais qui a beaucoup offert. Pas avec de hauts cris, de « l’esbroufe » ou des superlatifs, mais avec une manifestation forte dans sa maturité et sa qualité, capable de provoquer la surprise pour qui prenait le temps de véritablement regarder et de laisser-aller sa curiosité. Soit l’antithèse de la consommation rapide d’images dans laquelle certains se complaisent, et loin de la désagréable impression de voir vingt fois la même chose. D’ailleurs certains galeristes étrangers avaient pris le risque de proposer des solos d’artistes peu connus en France – Cathy Wilkes chez The Modern Institute (Glasgow), Nick Mauss chez 303 (New York), Matthew Monahan chez Anton Kern (New York) ou Kishio Suga chez Tomio Koyama (Tokyo) –, ce qui peut être vu comme une attention particulière portée à un marché qui pourtant n’est pas leur principal terrain de chasse. Dans les galeries supérieures également des propositions fortes ont émergé, comme Irene Kopelman, chez Labor (Mexico), Hoël Duret chez Torri (Paris), Ericka Beckman chez Cherry & Martin (Los Angeles) ou Guan Xiao chez Kraupa-Tuskany Zeidler (New York).

Or la qualité de ces propositions, et d’autres, répond à la qualité et à la curiosité d’un public. Si beaucoup d’exposants ont trouvé les débuts un peu poussifs en termes de commerce, même si au final les résultats semblent avoir été satisfaisants pour la majorité, tous s’accordaient à souligner l’attention des visiteurs. « La Fiac a toujours été une bonne foire pour nous, pointait ainsi Guillermo Romero Parra (Parra Romero, Madrid). Notre programme nécessite une attention que nous trouvons à Paris, en plus d’une sophistication intellectuelle. » Venu de Hongkong avec Samson Young, la nouvelle coqueluche locale, et le Taïwanais Chou Yu-Cheng, Édouard Malingue ne disait pas autre chose en affirmant que « l’ambiance n’est pas électrique comme à Hongkong, où les gens sont sur des charbons ardents, veulent acheter et parfois se trompent. Ici on prend le temps mais on connaît ou on se renseigne. »

De remarquables propositions au diapason
Si Américains et Asiatiques – collectionneurs autant que consultants – ont massivement fait faux bond cette année, contexte oblige, la foire a bénéficié d’une présence européenne importante. Et nombreux ont été surpris par l’ampleur de l’offre globale proposée au cours de cette semaine. Qualitativement, les propositions étaient plus que conséquentes dans la capitale, avec de tous côtés des manifestations remarquables et remarquées. Entre les expositions Jean-Luc Moulène et « Art et liberté », traitant du surréalisme en Égypte au Centre Pompidou, Carl Andre au Musée d’art moderne de la Ville de Paris, la somptueuse collection Chtchoukine à la Fondation Louis Vuitton, Maurizio Cattelan à la Monnaie de Paris, Tino Sehgal au Palais de Tokyo, Etel Adnan à l’Institut du monde arabe etc., le programme était impressionnant, faisant dire à une collectionneuse londonienne : « Nous oublions souvent que Paris n’est pas si loin et devrions y venir plus fréquemment. »

D’autant que les propositions satellites ont encore renforcé leur emprise. Si YIA, revenue au Carreau du temple, semble avoir perdu pied avec une écrasante proportion de stands qui piquaient les yeux, et Outsider Art Fair s’est enfermée dans la caricature de l’art brut qu’elle défend, Asia Now et Paris Internationale ont renforcé, elles,  leurs positions et sont parvenues à capitaliser sur leur succès de l’an dernier. Inégales toutes les deux, comme toute manifestation de cet ordre, elles sont néanmoins parvenues à attirer une majorité d’exposants capables d’apporter une offre véritable et pas des gadgets, comme on en voit trop dans les off.

Installée cette année dans l’hôtel particulier ayant été la demeure du collectionneur Calouste Gulbenkian, Paris Internationale a généré une belle énergie avec des propositions complémentaires et offert une photographie assez précise de ce qui se passe aujourd’hui dans l’art contemporain, entre peinture trop vite faite, jeunes révélations solides et revivals. La Fiac l’a bien compris en mutualisant intelligemment avec elle son programme et son fichier VIP, comme une manière de s’associer à ce vent émergent qu’elle ne peut pas traiter en son sein et de jouer collectif au service de Paris.
Cette conjonction d’événements a résonné comme si un très haut niveau en germe dans la capitale avait soudainement éclos. Si elle continue dans ce sillon, Paris a toutes les chances de parvenir à s’imposer comme la destination artistique incontournable de l’automne en Europe.

Kader Attia et Clément Cogitore récompensés

En compétition avec Yto Barrada, Ulla von Brandenburg et Barthélémy Toguo, Kader Attia, après une première sélection malheureuse en 2005, s’est vu attribuer, le 16e prix Marcel Duchamp, pour la première fois organisé au Centre Pompidou. Le jury a été séduit par son projet mêlant film et sculptures relatifs à la notion de réparation qui, depuis plusieurs années, traverse avec récurrence son travail, en s’intéressant particulièrement ici au phénomène du membre fantôme consécutif à des amputations. Le 18e prix Fondation d’entreprise Ricard à quant à lui été décerné à Clément Cogitore qui, dans une exposition conçue par l’artiste Isabelle Cornaro, présentait son film Un archipel, daté de 2011, qui flirte avec la fiction à partir d’un fait divers : l’échouage mystérieux, en 2010, d’un sous-marin britannique sur les côtes de l’île de Skye. Il était en compétition avec sept autres artistes : Anne Imhof, Clarisse Hahn, Julien Crépieux, Louise Sartor, Marie Voignier, Mélanie Matranga et Will Benedict.

Légende photo

Le stand de la galerie Templon à la Fiac 2016 © photo Ludosane

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°466 du 28 octobre 2016, avec le titre suivant : Fiac, une édition solide et sans esbroufe

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