Vendredi 13 décembre 2019

Entretien avec David Maquis-art et Maurice Grinbaum, spécialistes en Street art

« Les galeries d’art récupèrent le Street art »

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 20 septembre 2011 - 643 mots

Armelle Malvoisin : Depuis quand travaillez-vous ensemble ?
Maurice Grinbaum : En tant que consultant en art contemporain, j’essaie de lancer des niches de collection dans lesquelles les maisons de ventes ne sont pas présentes. En 2008, lorsque je me suis intéressée au Street art, je suis parti à la recherche d’une personne légitime qui connaisse bien ce milieu et les artistes. J’ai rencontré David, ancien graffeur et vendeur de bombes de peinture.
David Maquis-art : En 1997, j’ai monté « www.maquis-art.com », l’un des tout premiers sites dédiés au grafitti et au Street Art. Y sont référencés plus de 9 000 artistes dans le monde.

A.M. : Quand avez-vous lancé les ventes aux enchères de Street art ?
M.G : En juin 2009, nous avons organisé avec la maison Cornette de Saint Cyr, alors associée avec la SVV Millon, la première vente française exclusivement consacrée au Street art (à la Cigale, à Paris). Il nous semblait essentiel que ce genre de vente ait lieu ailleurs que dans une salle de ventes traditionnelle. Nous avons reçu 3 500 visiteurs lors de l’exposition. La vente a bien marché, avec 450 000 euros de produit de vente. Nous avions choisi de présenter des artistes œuvrant un peu partout aux États-Unis, en Amérique du Sud, dans les pays nordiques… C’est la scène française, qui est très importante, qui s’est le mieux vendu.

A.M. : Qui sont les acheteurs de Street art ?
D.M. : Ce sont des trentenaires et quarantenaires qui ont grandi avec les tags. Cette écriture urbaine a toujours fait partie de leur quotidien. Certains collectionneurs sont même des amateurs très pointus et connaissent tous les artistes qui comptent. À la Cigale, nous avions par exemple présenté une œuvre de Bando, un artiste franco-américain historique, soit l’un des tout premiers à avoir ramené le graffiti en Europe, au début des années 1980. Plusieurs collectionneurs se sont battus pour l’acquérir, alors que ce graffeur non coté n’était jamais passé en vente et restait inconnu du monde de l’art. L’œuvre a fait plus de 14 000 euros. Parmi les nouveaux acheteurs, nous avons des personnes ayant un fort pouvoir d’achat dû à leur activité dans l’Internet et voulant acquérir des œuvres en rapport avec leur époque.

A.M. : Quel accueil réservent aujourd’hui les galeries d’art contemporain traditionnelles à ces artistes ?
M.G : Pendant longtemps, les « Street artistes » ont été ignorés par les galeries. À présent, lorsqu’ils sont confirmés, ils sont récupérés. Par exemple, lors de la dernière Foire de Bâle, des œuvres de JR étaient présentées chez Emmanuel Perrotin ainsi que plusieurs graffeurs à la galerie suisse Ziegler. La galerie parisienne Jérôme de Noirmont a récemment organisé une exposition collective de Street artistes. Opera Gallery montre Seen, Blek le Rat, Speedy Graphito et Ron English. Il faut aussi citer Agnès b., la première galeriste à s’être intéressée à l’art urbain.

A.M. : Pourquoi organiser des ventes de Street art à Lyon chez Aguttes ?
D.M. : Lyon est, après Paris, la deuxième ville la plus active de France dans le Street art. La proximité de Lyon avec la Suisse nous intéresse également comme territoire de développement pour cette spécialité en plein essor. En marge d’artistes emblématiques, nous présenterons chez Claude Aguttes une dizaine de graffeurs lyonnais particulièrement actifs, ainsi Knar, apprécié des Lyonnais pour ses sympathiques canards qui jalonnent la ville (est. 1 000 euros pièce). Les estimations se situent en 200 et 40 000 euros pour une pièce phare de Ron English.

Vente « Grafitti-Street art » le 27 septembre à l’hôtel des ventes Lyon-Brotteaux, à Lyon, tél. 04 37 24 24 24, SVV Aguttes (226 lots est. 300 000 euros)

Vente « Art contemporain » le 23 octobre à Drouot-Montaigne, à Paris, SVV Cornette de Saint-Cyr, tél. 01 47 27 11 24 (40 lots de Street art est. 300 000 euros)

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°353 du 23 septembre 2011, avec le titre suivant : Entretien avec David Maquis-art et Maurice Grinbaum, spécialistes en Street art

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