Cologne

En attendant 2009

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 24 avril 2008 - 688 mots

Gagnée par la fadeur et l’ennui, la foire Art Cologne (16-20 avril) commence tout juste son « aggiornamento ».

COLOGNE - Yellow movies, une pièce de l’artiste Tony Conrad présentée par Daniel Buchholz (Cologne) sur Art Cologne, pourrait servir de métaphore à la foire qui vient de décerner le prix Art Cologne 2008 à Suzanne Pagé, ancienne directrice de Musée d’art moderne de la Ville de Paris. Cette œuvre traite de la perte de rayonnement inscrite au cœur même de toute image, de l’affadissement prévisible. Or, le plus vieux salon d’art contemporain du monde a vu son étoile pâlir d’année en année. Bien que rétrécie à 150 exposants contre quelque 250 participants voilà encore un an, la manifestation n’en est pas moins restée aussi ennuyeuse et terne qu’avant. Tout au plus s’était-elle délestée de son festival de croûtes teutonnes.
Hormis Gisela Capitain et Daniel Buchholz, la plupart des grandes galeries locales ont déserté le salon, ou se sont contentées d’un service minimum en participant uniquement à la section Open Space, seul élément positif de l’événement. C’est le cas de la galerie Charim (Vienne-Berlin), présente dans ce secteur avec les peintures étranges de Daniel Pitin, inspirées des décors des séries télé. « Voilà dix ans, Art Cologne était une foire de collectionneurs, c’est devenu une foire d’acheteurs qui décorent des maisons », remarque son directeur Kurt Kladler. La galerie Thomas Rehbein (Cologne), qui présentait une grande sculpture de l’artiste Thomas Erdelmeier, s’est refusée, après dix ans de participation, à prendre un stand en bonne et due forme. « Nous ne sommes pas contents du développement de la foire, les collectionneurs internationaux ne viennent pas parce que les galeries internationales ne sont pas là », déplorait Sylvia Stulz-Rehbein. Jule Kewenig (Cologne-Palma de Majorque) n’a lui participé au programme général qu’avec son antenne espagnole, bénéficiant ainsi d’une prise en charge à hauteur de 70 % de ses frais de participation par la province majorquine.

Quête du marché global
Aussi, peut-on imaginer le degré d’attentes des marchands allemands vis-à-vis du nouveau directeur de la foire, le galeriste Daniel Hug. Ce Californien d’origine suisse prend ses fonctions le 1er mai. Pouvant difficilement conserver son activité commerciale, sous peine de conflits d’intérêt, le marchand a trouvé de nouveaux partenaires pour sa galerie qui, d’ici six mois, ne devrait plus porter son nom. Hug avait figuré pendant dix ans au comité de sélection de la foire de Chicago avant de créer Art LA (Los Angeles). « Je veux amener plus d’exposants de Chine, d’Inde, faire de Cologne une place de marché global », confie-t-il. On peut s’étonner que dans cette optique, aucun membre du nouveau comité de sélection ne vienne de ces contrées émergentes… Le directeur mise semble-t-il sur l’appui du marchand new-yorkais Jack Tilton, grand connaisseur de la Chine. Il entend, par ailleurs, maintenir la section Open Space et garder le format actuel de 150/170 exposants. « Il n’y aura pas un toilettage extrêmement brutal », déclare-t-il.
Bien que Daniel Hug s’autorise une comparaison avec l’état de la Foire internationale d’art contemporain (FIAC) voilà encore quatre ans, Art Cologne se trouve dans une situation plus désastreuse que ne l’était alors la foire parisienne. Car la ville elle-même n’est plus désirable. « Les musées sont paresseux, le Kunstverein est sous l’eau », souligne Jule Kewenig. « Il y a encore tellement de choses à Cologne, mais les gens doivent ouvrir leurs yeux, défend au contraire Daniel Buchholz. Art Forum [Berlin] ou l’Armory Show [New York] ne sont pas si géniaux que ça non plus. Cologne a cinquante ans de tradition, c’était une ville pour John Cage, Fluxus, la capitale secrète de l’Allemagne. Ça ne le redeviendra pas, mais dire que tout est merdique, c’est très injuste. » Des propos qui n’empêchent pas le galeriste d’ouvrir en juillet une dépendance à Berlin…
Quoi qu’il en soit, Daniel Hug semble avoir plus de marges de manœuvre que son prédécesseur, Gérard Goodrow, lequel, malgré sa bonne volonté, était menotté par sa direction. Il travaille de fait avec des avocats pour réviser le processus de candidature, et ainsi éviter les procès en cascade intentés par les galeries déboutées. À suivre.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°280 du 25 avril 2008, avec le titre suivant : En attendant 2009

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