Entretien

Ekaterina et Vladimir Semenikhin, collectionneurs, Moscou

«”¯Les 19 œuvres censurées ne sont pas majeures”¯»

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 12 novembre 2007

Comment avez-vous monté votre collection ?
Nous avons commencé à collectionner il y a une douzaine d’années des œuvres russes de la fin du XVIIIe et du XIXe siècle, essentiellement des tableaux réalistes illustrant des paysages et natures mortes. Nous sommes remontés aux œuvres du début du XXe siècle, à savoir le Valet de Carreau et l’avant-garde russe, une période nous intéresse toujours. Nous sommes ensuite passés à l’art russe des années 1960, c’est-à-dire aux peintres non-conformistes, dont beaucoup d’ailleurs ont immigré en Europe et aux États-Unis, à l’exemple d’Eric Boulatov, Vladimir Yankilevsky et Oscar Rabin installés à Paris. Cet art non officiel constitue aujourd’hui une grande partie de notre collection. Depuis cinq ans, nous nous intéressons à l’art contemporain, pas seulement russe.

Quels artistes contemporains ont retenu votre attention ?
Vladimir Dubossarsky et Alexander Vinogradov, deux artistes peignant ensemble, sont très prometteurs. Nous aimons aussi Oleg Kulik pour son travail varié de performances, de photographies plasticiennes et de sculptures et Philippe Ramette dont nous avons acheté une sculpture, Lévitation de chaise, à la FIAC il y a deux ans (galerie Xippas à Paris).

Vous avez créé une fondation en 2002, Ekaterina (1). Quelle est sa programmation ?
Le 11 novembre s’achève une exposition de portraits vidéo de Robert Wilson qui a connu un véritable succès à Moscou. Nous travaillons sur deux expositions pour 2009 consacrées aux ballets russes, à l’occasion du centenaire du début des saisons russes, à Monaco, Moscou et, en collaboration avec le Victoria & Albert Museum, à Londres. Nous souhaitons également montrer une partie de notre collection sur les artistes non-conformistes russes.

Que pensez-vous de la flambée des prix du marché de l’art contemporain ?
C’est compliqué à suivre, mais facile à comprendre. Les marchés financiers ayant été plutôt instables ces dernières années, l’immobilier et l’art sont devenus un investissement. Toute la difficulté est de savoir quels sont les artistes qui vont rentrer dans l’Histoire.

Vous êtes les invités des « Temps Forts » de Drouot (2). Quels sont vos coups de cœur ?
Nous avons remarqué L’Éléphant du roi, tableau de Jean-Baptiste Berre relatant une visite faite par le duc et la duchesse de Berry, à la ménagerie du Jardin du Roi en 1817, à l’occasion de l’arrivée à Paris d’un des premiers éléphants venus d’Inde. Le Buffet (1884), toile Jean-Louis Forain ; un portrait de Jean Cocteau (1926) par Man Ray ; une commode réalisée pour Marie-Antoinette à Fontainebleau et un Stabile (1968) d’Alexander Calder font partie de notre sélection.

Parce qu’interdites de sortie, certaines œuvres d’art russes n’ont pas pu être présentées à l’exposition « Sots Art » à la Maison Rouge (3). Qu’en pensez-vous ?
C’est un sujet très intéressant, mais en même temps difficile puisqu’il est politique. Nous connaissons très bien tous les participants de ce projet et nous avons suivi de près la préparation de cette exposition. D’ailleurs, nous avons prêté nous aussi plusieurs œuvres qui n’ont pas été censurées. Parce qu’elles sont contemporaines, les fameuses dix-neuf œuvres censurées ne sont pas majeures pour cet accrochage, soit l’art officiel de l’URSS. La position que défend le Ministère de la Culture est de dire que lorsqu’une exposition pareille est organisée par un musée d’État, cela nécessite un certain respect quant au symbole de cet État – ce qui nous paraît normal. En même temps, cette exposition a lieu à Paris dans une fondation privée et donc il n’y a pas de question étatique qui tienne : c’est un événement purement culturel. Dernière chose, le choix des œuvres dépend toujours du commissaire de l’exposition. C’est à lui de manœuvrer entre les intérêts des différents participants du projet.

(1) www.ekaterina-fondation.ru
(2) « Les Temps Forts à Drouot Montaigne », du 6 au 11 novembre 11h-18h, 15 avenue Montaigne, 75008 Paris, tél. 01 48 00 20 85.
(3) « Sots Art, l’art politique en Russie de 1972 à aujourd’hui », à La Maison Rouge, Fondation Antoine de Galbert, à Paris, jusqu’au 20 janvier 2008. Lire le JdA n°267, 19 octobre 2007, p. 39.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°268 du 2 novembre 2007, avec le titre suivant : Ekaterina et Vladimir Semenikhin, collectionneurs, Moscou

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