Ventes publiques

Drouot SA prépare sa mue

Elle est dotée d’un actionnariat individualisé.

Par Jean-Marie Schmitt · Le Journal des Arts

Le 9 mai 1998 - 573 mots

PARIS

Une assemblée générale extraordinaire de la Compagnie parisienne des commissaires-priseurs, tenue le 22 avril, a arrêté les modalités d’attribution des actions de Drouot SA, propriétaire de la marque, du bail des locaux de Richelieu et de Montaigne, ainsi que des participations dans la Gazette de l’Hôtel Drouot, et de Drouot Estimations. L’assemblée a retenu une répartition par charge et par part de SCI Richelieu détenue. Réalisée à la demande de la Chancellerie, l’opération dote Drouot SA d’un actionnariat individualisé, et prépare la réforme de la gestion des actifs parisiens, en particulier de l’hôtel des ventes.

PARIS - Dans la réforme des ventes publiques en cours, le sort de Drouot est un élément clé. Drouot est encore crédité d’une notoriété mondiale et, malgré une gestion lourde, Drouot Richelieu reste le navire amiral auquel la plupart des études parisiennes demeurent attachées, d’autant plus qu’elles n’ont pas les moyens de créer leur propre structure d’accueil. Il faut rappeler que les locaux sont la propriété d’une société civile immobilière dont les parts sont détenues par les commissaires-priseurs – sauf exception pour les études de l’ouest parisien récemment rattachées, cette détention était une condition d’accès à l’hôtel des ventes –, mais que la gestion de l’ensemble est assuré par Drouot SA.

La première étape a consisté à clarifier la situation juridique de la société anonyme Drouot, qui avait la particularité d’être la propriété de la Compagnie parisienne des commissaires-priseurs, agissant en quelque sorte pour compte de ses membres. Pour accéder à la propriété nominative des actions, une assemblée générale extraordinaire, tenue le 22 avril, a décidé des modalités d’attribution. Écartant les formules liées à l’utilisation des locaux, qui auraient avantagé les plus gros cotisants, elle a opté, sans surprise, pour une répartition à la part virile, c’est-à-dire qu’un nombre égal d’actions sera attribué à chaque charge. L’attribution sera complétée d’une dotation équivalente pour chaque part de SCI détenue. Si Drouot SA, c’est d’abord l’hôtel des ventes, c’est aussi 100 % du capital de la Gazette de l’Hôtel Drouot et de Drouot Estimations. Pour un commissaire-priseur détenteur d’une charge et d’une part de SCI, la valeur transférée serait estimée à 2 700 000 francs, ce qui valoriserait Drouot SA à plus de 200 millions de francs.

Pour éviter que le loup anglo-saxon ne s’introduise dans la bergerie parisienne, des formules de préemption – classiques dans les SARL ou les SA à actionnariat nominatif – permettraient de conserver le capital entre les mains de la profession. Mais la meilleure protection résultera du mode égalitaire de répartition, qui rendra peu attractive la cession de leurs titres pour les études les plus importantes. On voit mal l’intérêt pour celles-ci de s’exclure de l’accès à Richelieu pour 2,7 millions de francs. Sauf si la perpétuation d’un mode de gestion suranné imposait aux actionnaires de renflouer périodiquement la caisse.

Il appartient désormais aux actionnaires de définir la politique de gestion des actifs, en particulier des locaux. Pour nombre d’entre eux, ce sera le premier exercice de gestion commerciale. Jusqu’alors la gestion était simple : on empilait les dépenses et on les couvrait par des locations de salles ; au besoin, on augmentait les tarifs pour équilibrer les comptes. Au cours de l’assemblée générale, certains ont commencé à évoquer le recours à des entreprises de gestion d’immeubles, ce qui permettrait de mieux maîtriser les coûts. Une petite révolution que le volet social du projet de réforme des ventes publiques permettra peut-être de négocier au mieux.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°60 du 9 mai 1998, avec le titre suivant : Drouot SA prépare sa mue

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