Art Paris Art Fair

Deux foires pour le prix d’une

Par Frédéric Bonnet · Le Journal des Arts

Le 9 avril 2014 - 828 mots

Une bien trop grande inégalité sur le plan de la qualité des stands a brouillé l’image d’un salon pourtant bien positionné. Les transactions ont, elles aussi, été inégales.

PARIS - Lorsqu’en faisant ses courses le consommateur se voit offrir deux produits pour le prix d’un, il s’agit en général d’une aubaine. Lorsqu’une foire d’art contemporain offre deux visages diamétralement opposés à ses visiteurs et acheteurs, il en va tout autrement. À la visite, c’est pourtant la sensation délivrée par la 16e édition d’Art Paris Art Fair, qui s’est tenue du 27 au 30 mars au Grand Palais.

Deux foires pour le prix d’une, c’est ainsi qu’est apparue la manifestation, tant la qualité des stands faisait le grand écart. Cette hétérogénité n’est certes pas nouvelle, mais alors qu’un redressement notable du niveau et de l’image du salon a été engagé depuis l’arrivée d’une nouvelle équipe en 2012, il conviendrait d’accélérer le mouvement, au risque de laisser s’installer un nouveau procès en désuétude ou, pire, l’impression d’un défaut de crédibilité.

Un salon de printemps avec une visée singulière et des axes de recherche différents a pourtant toute sa place et sa légitimité à Paris, afin de proposer une autre offre. « Je soutiens ardemment Art Paris car une alternative à la Fiac [Foire internationale d’art contemporain] est possible et nécessaire », martelait ainsi Jean Brolly (Paris), bien que les résultats commerciaux de sa galerie soient apparus mitigés. Mais le public était au rendez-vous, avec une fréquentation globale de plus de 58 000 personnes, un chiffre des plus honorables (non vérifiable). Un public qui plus est de qualité : « Dès 14 heures le jour du vernissage, tout Paris a débarqué, comme il est d’usage ici, et nous avons accueilli un joli public tout au long de la semaine », relevait pour sa part un marchand.

Si le commerce s’est révélé inégal, certains se sont frotté les mains. « Ce fut mon meilleur Art Paris ! », se félicitait Catherine Issert (Saint-Paul de Vence) à la clôture du salon. « J’y ai vendu des figures comme [François] Morellet, [Jean-Charles] Blais, [Michel] Verjux et [Jean-Michel] Alberola, mais j’ai aussi bien travaillé avec les jeunes comme Pierre Descamps, Mathieu Schmitt et Xavier Theunis qui a un succès fou. » Les prix atteignaient 73 000 euros pour l’œuvre de Morellet et s’étalaient de 500 à 12 000 euros pour les plus jeunes.

D’autres ont trouvé le rythme des transactions beaucoup plus lent, voire nul. Ainsi un participant relevait-il : « Un de mes voisins n’a rien vendu du tout et il est probable qu’il ne revienne pas. Si les affaires ne sont pas au rendez-vous pour tous, la difficulté pour Art Paris va être de continuer à attirer des galeries étrangères de qualité dans un calendrier situé entre Art Dubaï et Art Brussels. »
Du point de vue des œuvres et des exposants, ce fut le grand écart donc. Commençons par le pire, soit des stands aux propositions affligeantes, confondant manifestement une foire d’art contemporain avec un centre commercial (Rue française by Miss China [Paris], Art Lexïng [Miami], Venice Projects [Venise], Da-End [Paris]…). Les accrochages confinaient parfois à l’overdose comme à la galerie Loft (Paris), ou manquaient manifestement d’inspiration (pour ne pas dire de goût), ainsi Richard (Paris) exposait sur un même mur des travaux aux antipodes, entre les peintures chromatiquement assez subtiles de Kiyoshi Nakagami et les tableaux pas vraiment qualifiables de Christophe Avella-Bagur. Le secteur « Promesses » s’est quant à lui révélé désastreux, où hormis les prestations des pékinoises ON/Gallery et Jiali, le médiocre le disputait souvent au mauvais, avec en prime beaucoup de stands surchargés.

Quelques belles propositions chinoises
La qualité était pourtant bel et bien là : chez Oniris (Rennes) avec ses beaux Vera Molnar de 1972 ; chez Claude Bernard (Paris) et son stand consacré aux encres de Chine vaporeuses du Prix nobel de littérature Gao Xingjian ; chez Bogéna (Saint-Paul de Vence) avec un bel ensemble de Monique Frydman ; ou à travers la confrontation Orient-Occident orchestrée par Thessa Herold (Paris) en plaçant Degottex et Michaux face à Franklin Chow et Ung-No Lee.

Du côté de la plateforme « Chine », le déferlement redouté de propositions tape-à-l’œil n’a quant à lui pas eu lieu, révélant quelques belles propositions telle l’abstraction subtile de Jiang Shanqing échappée de la calligraphie ancienne chez Ifa (Shanghaï, Bruxelles), les paysages tout en nuances de noir de Pan Jian (10 Chancery Lane, Hongkong), ou les photographies hors temps de Luo Dan proposées par M97 (Shanghaï). Loin des montants faramineux atteints par les artistes stars chinois, les prix s’échelonnaient entre 2 000 et 10 000 euros chez MP 97, 17 000 euros pour un Jian Pan.
Le problème d’Art Paris Art Fair est que des galeries importantes comme Lelong, Bernard Ceysson ou Laurent Godin en sont parties, ce qui manifestement entame la dynamique générale. « Il manque à ce salon une dizaine de grosses galeries », confiait un participant. Il semble impérieux de les trouver.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°411 du 11 avril 2014, avec le titre suivant : Deux foires pour le prix d’une

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