Vendredi 6 décembre 2019

Design

Design Miami, ou sept ans de réflexion

Pour nombre de marchands, les discussions avec les clients vont se poursuivre après la foire

Par Christian Simenc · Le Journal des Arts

Le 14 décembre 2011 - 795 mots

MIAMI - La 7e édition de « Design Miami », salon de design déployé en marge de la foire Art Basel Miami Beach (ABMB), s’est déroulée du 29 novembre au 4 décembre, à Miami Beach (Floride). En tout étaient présentes 28 galeries, soit 40 % de plus que l’an dernier, dont cinq nouvelles venues : Pierre Marie Giraud (Bruxelles), Mark McDonald (New York), Maria Wettergren (Paris), Didier Antiques (Londres) et Modernity (Stockholm). « 28 galeries, c’est une taille humaine », a estimé Marianne Goebl, directrice de Design Miami, en regard des 43 galeries présentes en juin 2011, à Bâle, pour le salon Design Miami/Basel, frère jumeau de l’édition floridienne. Depuis l’an passé, Design Miami n’a plus lieu dans le Miami Design District, à des kilomètres du Convention Center – qui accueille ABMB –, mais dans une vaste tente plantée juste en face, ce qui en facilite l’accès. D’où l’euphorie qui sourdait chez les organisateurs, lesquels annoncent, pour cette année, « une augmentation significative des visiteurs : 29 000 au total en six jours », mais surtout « une augmentation significative des ventes », sans toutefois avancer de chiffres. Chez les marchands, le ton est plus mesuré. Si certains disent avoir « bien vendu », d’autres, tel Hélin Serre, directeur de la galerie Downtown (Paris), s’estiment
juste « satisfaits » de rentrer dans leurs frais et d’avoir « approché nombre de nouveaux clients potentiels, venus notamment d’Amérique centrale et du Sud ».

Cette édition 2011 a brassé large dans l’histoire du design. D’un côté, les Modernistes de toutes les latitudes du globe : du Suisse Pierre Jeanneret avec un sofa à trois places et une table basse proposés à 134 000 dollars (100 000 euros) (Jousse Entreprise, Paris), au Brésilien Joaquim Tenreiro et son rocking-chair à 110 000 dollars (R 20th Century, New York), en passant par l’Américain George Nakashima avec une table haute (Converso, Chicago) à 52 000 dollars. De l’autre, la nouvelle génération : de l’Américain Stephen Burks dont trois tabourets en corde (Cristina Grajales, New York) étaient proposés de 1500 à 3000 dollars au Suisse Adrien Rovero avec une paire d’appliques à 8 000 dollars (Kreo, Paris), sans oublier le Danois Mathias Bengtsson et son assise en fibre de carbone (Maria Wettergren, Paris) pour 41 000 dollars.

La palme du plus beau stand revient haut la main à la galerie new-yorkaise Demish Danant avec une monographie sur Pierre Paulin, disparu en 2009. La décoratrice Claudia Dias s’est ainsi inspirée des « abris textiles » que le designer français avait réalisés pour le showroom Meubles et Fonctions, à Paris, en 1969, pour déployer quelques-unes de ses pièces emblématiques : un fauteuil Ribbon (40 000 dollars) aux motifs psychédéliques, un canapé Amphis (110 000 dollars) de 6 mètres de long déplié tel un boa, voire, plus rare, deux fauteuils et une table « arachnéens », respectivement proposés à 32 000 dollars la paire et 40 000 dollars.

Prouvé et Jeanneret
Des galeristes en ont profité pour apporter des pièces montrées lors de présentations récentes ou toujours en cours, comme Kreo (Paris), et sa table Apache de l’Allemand Konstantin Grcic affichée à 96 000 dollars, ou la Carpenters Workshop Gallery (Londres, Paris), affichant un fauteuil Royeroid de l’Autrichien Robert Stadler à 22 000 dollars.

Si une table haute de forme libre et à trois pieds, datant de 1941 et dont Pierre Jeanneret usa comme d’un bureau dans sa maison de Grenoble, est toujours en discussion entre Patrick Seguin (Paris) et un collectionneur américain – prix annoncé : 650 000 dollars –, une structure métallique de type shed signée Jean Prouvé (Downtown, Paris) a été acquise par une collection privée européenne au-dessous du prix affiché, 700 000 dollars. Par ailleurs, certains musées, assurément fortunés, ont eux aussi fait leurs emplettes, comme le MAD (Museum of Arts and Design, New York) qui a opté pour un « explosif » double buffet Nouvelle-Zélande de l’artiste Vincent Dubourg (85 000 dollars à la Carpenters Workshop, Londres, Paris).

Parfois, le visiteur bute sur des « ovnis », tels cette étonnante patère en métal et en laiton signée Mathieu Matégot (47 000 dollars  chez Jousse Entreprise, Paris), ce siège en argent pur Cellular Chair de Bengtsson inspiré de l’ostéogenèse (66 000 dollars chez Maria Wettergren, Paris), ou cet imposant chandelier en bronze patiné et poli Anamorphosis du Néerlandais Frédérik Molenschot (110 000 dollars, Carpenters Workshop). Dernier « ovni » et non des moindres, le prix du « Designer de l’année 2011 » a échu non à un designer, mais à un… architecte : le Londonien en vogue David Adjaye. Mais rien n’est dû au hasard, Adjaye ayant œuvré avec le gratin de l’art contemporain : Chris Ofili, Richard Prince, Olafur Eliasson… Le flirt de Design Miami avec ABMB n’en est que plus flagrant.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°359 du 16 décembre 2011, avec le titre suivant : Design Miami, ou sept ans de réflexion

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