Trois questions à

Christian Giacomotto, président du Conseil des ventes volontaires (CVV)*

« En régions, les SVV doivent jouer plus collectif »

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 7 octobre 2005

Quelle est votre vision du marché des ventes publiques et quelles sont vos priorités d’action ?
À mon avis, il convient de mettre l’accent sur la compétence des opérateurs et la transparence d’un marché qui doit fonctionner dans un système de concurrence loyale, et on a encore beaucoup de progrès à faire en ce sens. Pourquoi ? Parce qu’il y a, notamment, de nouveaux canaux de distribution comme Internet. Il n’est évidemment pas question de condamner Internet, mais encore faut-il souligner que les sociétés de ventes volontaires [SVV] n’exercent pas à armes égales. Car les ventes en ligne font fi de toutes les contraintes auxquelles elles sont soumises, en particulier celles tenant à la fiscalité, à la traçabilité des objets et à la sécurité des clients. La priorité des priorités est donc d’aboutir à une définition des biens culturels, afin que les ventes aux enchères en ligne soient soumises, pour ce qui concerne ces derniers, aux mêmes règles que les SVV. En outre, lorsque l’on intervient en ligne à titre habituel, on n’est plus, selon moi, un particulier, mais un professionnel : on doit donc se soumettre aux obligations légales qui pèsent sur les SVV. D’ici à la fin de l’année, le Conseil des ventes volontaires [CVV] sera prêt à présenter des textes et projets qu’il soumettra à tous les ministères intéressés après consultation des organisations professionnelles.

En quoi votre profil économique et financier est-il appréciable pour les SVV ?
Dans notre société, toute déréglementation, telle la fin du monopole des commissaires-priseurs, doit, pour être efficace, s’accompagner d’une « re-régulation », d’où l’existence du Conseil des ventes volontaires. Cela signifie que je n’ai pas, du rôle du Conseil, une conception de gendarme. Certes, il doit intervenir quand des manquements ou dérives sont constatés, et je n’hésiterai pas à le faire dans les limites des pouvoirs que la loi me donne ou donne au Conseil. Mais il s’agit aussi, et surtout, d’aider des professions à évoluer. Et c’est l’objectif que je me fixe avec les membres du Conseil. Cela se fera de plusieurs manières : d’abord, comme je l’ai dit plus haut, en rétablissant les conditions d’une concurrence loyale. Et aussi en essayant d’analyser économiquement le marché afin de mener une action rationnelle. Aujourd’hui, il existe 542 commissaires-priseurs répartis dans 369 sociétés de ventes, dont 77 à Paris. Parmi elles, 80 % sont situées en régions et la population d’ensemble est très diverse. Cela va de la micro-entreprise à la filiale de multinationale. En régions, beaucoup se sentent pris dans un étau, la marchandise de très grand prix allant aux plus grosses sociétés et celle petite ou moyenne filant sur Internet, si bien que leur activité risque de tourner à la peau de chagrin. Or, ces entreprises, individuelles souvent, ont un vrai rôle économique, social et culturel. Si elles veulent continuer d’exercer leur métier en libéral, il va leur falloir jouer plus collectif. Par exemple, regrouper leurs lieux de ventes ou constituer des plates-formes pour mettre la gestion de leur facturation, de leur comptabilité, de leur fiscalité – en somme, leur logistique et leur intendance – en commun.

En tant que collectionneur, quels sont vos derniers coups de cœur ?
Je ne suis pas un collectionneur, terme à mes yeux un peu synonyme de monomanie. Je suis
modestement un amateur, un « honnête homme », qui vit ses passions privées et publiques. Ainsi, je vois arriver dans les musées les plus beaux objets du monde, ce qui est à la fois excitant et frustrant. Différents domaines m’attirent esthétiquement : la peinture ancienne, la Haute Époque ou l’art islamique. Mais, lorsque je peux le faire, je n’acquiers un objet que lorsque je suis sûr qu’une institution muséale ne cherche pas à l’acheter. Ainsi, ce coffret moghol en ivoire du XVIIIe siècle qui vient d’entrer au Louvre. Je l’avais vu chez un antiquaire de Londres, mais il m’a semblé que ma fonction de membre du Conseil artistique des musées nationaux devait l’emporter sur mon goût personnel. J’ai aussi récemment fait entrer au Musée de Cluny une serviette de Pérouse en lin et coton du XVe siècle (la seule intacte que l’on connaisse) que j’avais remarquée à Drouot. Concernant mes achats personnels récents, j’ai acheté deux tables à système de Jean-Michel Franck aux puces. Enfin, au Salon du collectionneur, j’ai remarqué de sublimes objets, dont un grand torse de bouddha en calcaire de la dynastie des Zhou du Nord chez Christian Deydier ; un panneau peint représentant saint Michel terrassant le dragon du maître de Girard, datant de 1479, chez la galerie espagnole Theotokopoulos ; et une aiguière en argent et son bassin, de 1713-1714, au poinçon de la ville
d’Arras, chez Isabelle Turquin.

* Également membre du Haut Conseil des musées de France et du Conseil artistique des musées nationaux, vice-président de la Réunion des musées nationaux (RMN) et président de l’Association pour le rayonnement du Musée national du Moyen Âge (ARMMA).

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°222 du 7 octobre 2005, avec le titre suivant : Christian Giacomotto, président du Conseil des ventes volontaires (CVV)*

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