Vendredi 28 janvier 2022

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VENTE

À Bâle, une exposition de Banksy non autorisée

BÂLE / SUISSE

Des marchands peu scrupuleux font fi du respect du droit moral du street-artist, qui s’est piégé lui-même par sa position d’anonymat privant son œuvre de toute protection.

Vue de l'exposition Banksy au Messe de Bâle. © GC Events
Vue de l'exposition Banksy au Messe de Bâle.
© GC Events

Bâle.« Le public doit être conscient de l’existence d’une série d’expositions de Banksy dont aucune n’est consensuelle. Celles-ci ont été organisées entièrement à l’insu de l’artiste ou sans son implication. Veuillez les traiter en conséquence. » Banksy a beau mettre en garde sur son site Internet, les expositions « non autorisées » de ses travaux fleurissent dans le monde entier (27 d’entre elles sont recensées sur la page de l’artiste). Dernière en date : l’exposition « Building Castles in the Sky » qui se tient à Bâle depuis le 1er mars, date de la réouverture des musées en Suisse, (et jusqu’au 30 mai 2021) dans les locaux du centre des congrès de Bâle, la Messe Basel. Cent objets annoncés comme originaux, c’est-à-dire certifiés comme authentiques par l’agence de l’artiste (« Pest Control ») y sont exposés, tous issus de collections particulières : principalement des sérigraphies de petit format dont certaines affichant d’emblématiques motifs (La Petite Fille aux ballons ou Le Lanceur de fleurs) ; mais aussi une sculpture, des dessins au pochoir ou des artefacts issus de son projet de parc d’attractions alternatif « Dismaland » monté dans la station anglaise de Weston-super-Mare en 2015.

Que peut donc faire Banksy, critique féroce de la société de consommation, contre la dérive commerciale de son travail ? En réalité, peu de chose, piégé qu’il est par un anonymat dont il refuse de sortir – car il lui permet de travailler clandestinement – et qui prive son œuvre de protection. Si l’artiste a fait un dépôt de marque pour l’un de ses pochoirs phares repris par un éditeur de cartes postales (et non un copyright qui le contraindrait à révéler son identité), sa demande été déboutée en septembre 2020 par l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle.

Aujourd’hui les œuvres de Banksy se monnayent pour des millions de livres sterling, les vols de ses tags au pochoir sont légion (comme la porte du Bataclan retrouvée en 2020 en Italie) et l’artiste anonyme est l’un des plus chers de la planète.

L’exposition bâloise, qui fait également la part belle au merchandising, n’est-elle donc qu’une histoire d’argent ? Les organisateurs s’en défendent devant la controverse qui enfle à Bâle. Stefano Antonelli, l’un des deux commissaires d’exposition italiens associés à une galerie londonienne, Andipa Gallery, interrogé par SRF1 (Télévision suisse alémanique), justifie la tenue de l’exposition (qui fait suite à celles présentées en Italie à Ferrare, Gênes ou Rome sur le même principe) : « Banksy est un artiste très spécial. Il n’y a aucune collection publique de lui. D’autre part, la plupart de ses œuvres ne sont plus visibles dans la rue, car détruites ou dans les mains de collectionneurs privés très riches. »

Loin d’être un obstacle à leur initiative, les organisateurs font de la non-autorisation du projet un argument de vente et n’hésitent pas à se recommander de l’esprit subversif du street-artist : « Banksy est précisément l’artiste qui nous a appris à ne pas respecter les règles. Nous préférons donc ignorer la loi qui dit qu’un artiste doit être d’accord avec l’exposition de ses œuvres. » « Copyright is for losers » (« Les droits d’auteur, c’est pour les perdants ») avait déclaré un jour l’artiste britannique, originaire de Bristol, qui se révèle être en la matière le grand perdant de l’histoire.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°563 du 19 mars 2021, avec le titre suivant : À Bâle, une exposition de Banksy non autorisée

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