Lundi 17 décembre 2018

Atmosphère bucolique et de charme

Des enchères records pour Ingres et Corot enregistrées chez Christie’s à New York

Le Journal des Arts

Le 13 juin 1997 - 700 mots

Les ventes de tableaux du XIXe siècle et de l’École de Barbizon, le 22 mai chez Christie’s à New York, ont enregistré cinq records, notamment pour un dessin d’Ingres et un paysage de Corot, ainsi que des enchères élevées pour des œuvres de Courbet, Bouguereau ou Théodore Rousseau qui ont souvent séduit les collectionneurs privés américains, sur un marché dynamique.

NEW YORK - La collection de Lore et Rudolf Heinemann, avec un très bel ensemble de cinq dessins d’Ingres et des toiles de Courbet et Corot, a apporté une contribution essentielle à la vente de tableaux du XIXe siècle et de paysages de Barbizon, le 22 mai chez Christie’s à New York. Marchand d’art et fin connaisseur, Rudolf Heinemann (1901-1975) avait été choisi par le baron Heinrich Thyssen-Bornemisza pour répertorier sa prestigieuse collection et la compléter. Après le décès de Lore Heinemann, son épouse, en septembre 1996, la collection de tableaux, mobilier et objets d’art de leurs trois résidences de New York, Mount Kisco et Castagnola sera dispersée lors d’une série de ventes chez Christie’s, notamment celle qui a eu lieu le 22 mai. Certaines œuvres ont déjà fait l’objet de donations : une collection de dessins de Tiepolo à la Morgan Library, des toiles de Guardi, Giovanni di Paolo, Taddeo Gaddi, Uccello, Poussin au Metropolitan Museum de New York, une esquisse à l’huile de Rubens et un ensemble de dessins de Piazzetta à la National Gallery of Art. Le 1er juillet, Christie’s mettra en vente la Piazza San Marco de Ca­naletto, ainsi que d’autres œuvres.

Issu de la collection Heine­mann, un dessin d’In­gres à la mine de plomb représentant le Général Louis-Etienne Dulong de Rosnay, 1818, a remporté l’enchère considérable de 1,65 million de dollars (9,5 millions de francs), prix record pour un dessin de l’artiste. Longtemps conservé dans la famille Dulong de Rosnay, ce portrait a été vendu au profit de la Pierpont Morgan Library et de la National Gallery of Art. En mai 1996, un Portrait d’un gentilhomme, Rome, 1813, mine de plomb sur papier, avait été adjugé 129 000 dollars chez Sotheby’s à New York (670 000 francs). Un autre dessin, le Portrait de Monseigneur Gabriel Cortois de Pressigny, Rome, 1816, recevait l’adjudication de 900 000 francs, le 25 avril à Drouot chez Me Tajan. D’autres records ont marqué cette vente, notamment dans la section consacrée à l’École de Barbizon. Œuvre emblématique, Le Batelier passant derrière les arbres de la rive a enlevé l’enchère record pour un paysage de Corot de 2,03 millions de dollars (11,6 millions de francs). La dominante argentée est caractéristique des ses paysages poétiques. Peinte entre 1865 et 1870, cette œuvre qui annonce l’Im­pressionnisme a figuré dans plusieurs collections privés américaines, dont celle de Charles Yerkes et de George Perkins. Plusieurs tableaux de Courbet ont très largement dépassé les estimations, avec des achats européens de collectionneurs ou de marchands. Coucher de soleil sur la plaine de Barbizon, de Théodore Rousseau, a créé la surprise avec l’enchère de 266 500 dollars (1,5 million de francs) portée par un amateur américain, sur une estimation de 40 000 à 60 000 dollars.

Record pour Bouguereau
Le reste de la vente a été caractérisé par l’engouement pour les tableaux réalistes de la fin du XIXe siècle, aux sujets suaves traités avec une technique presque photographique. L’en­chère record de 1,4 million de dollars (8 millions de francs) a été portée sur une œuvre très significative de William Adolphe Bou­guereau, L’éveil du cœur, achat d’un collectionneur privé américain. Dans le même style, Sus­pense de Charles Burton Barber a été adjugé 442 500 dollars (2,5 millions de francs) à un client privé américain, record enregistré peu après celui de Ciardi pour Les Gardiennes d’oies, adjugé 321 500 dollars (1,8 million de francs) à un collectionneur européen. Enfin, une lumineuse composition de Sorolla y Bastida, Clotilde y Elena en las Rocas, Jàvea (Clotilde et Elena dans les rochers, Jàvea), 1905, a reçu l’adjudication de 1,10 million de dollars (6,3 millions de francs) d’un collectionneur privé américain. La cote internationale de cet artiste espagnol talentueux et attachant monte en flèche. En novembre dernier, chez Christie’s, Maria mirando los peces, Granja (Maria regardant les poissons, Granja), 1907, atteignait déjà 1,9 million de dollars.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°40 du 13 juin 1997, avec le titre suivant : Atmosphère bucolique et de charme

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