Ventes publiques

Arts d’Asie, un marché stable

Par Marie Potard · Le Journal des Arts

Le 2 janvier 2020 - 814 mots

Pas de changement majeur à noter pour les vacations parisiennes d’art asiatique qui continuent d’enregistrer de hautes enchères – dont certaines millionnaires – pour les pièces impériales ou rares.

Paris. La troisième semaine du mois de décembre était dévolue aux ventes d’art asiatique, l’occasion pour une vingtaine de maisons de ventes de participer à cette « saison » – avec des vacations entièrement ou partiellement consacrées à la catégorie. En tout, elles ont réuni 26,5 millions d’euros, une hausse de 15 % par rapport à l’an passé. « Mais ce n’est pas parce que le total est plus élevé que cela signifie que le marché se porte mieux. C’est simplement qu’il y avait plus d’objets, notamment à Drouot », commente Frantz Fray, expert et marchand en art d’Extrême-Orient. Il est vrai que la session de 2018 ne comprenait qu’une quinzaine de ventes. Il n’y a toutefois pas de changement notable au sein de ce marché qui se stabilise – si ce n’est que les acheteurs chinois sont plus regardants sur ce qu’ils achètent. « Il reste toujours difficile à appréhender, car il est faussé par les impayés, les Chinois qui blanchissent ou les Vietnamiens qui essaient de sortir de l’argent de leur pays. On ne peut plus se fier aux prix des pièces adjugées », regrette Franz Fray. Autre constante, « la force du marché pour les œuvres d’art impériales chinoises du XVIIIe siècle et l’engouement pour les pièces conservées dans les grandes familles européennes à l’abri des regards depuis plus d’un siècle ne se démentent pas », commente Olivier Valmier, spécialiste en art d’Asie chez Sotheby’s.

Pour sa deuxième vacation, la maison de ventes de Patrick Drahi a récolté 4,8 millions d’euros, un chiffre au-delà de son estimation haute et en hausse, comparativement à l’an passé (3,2 M€). La plus haute enchère est allée à une paire de Bodhisattvas en bronze doré du XIVe siècle, adjugée 552 500 millions d’euros (voir ill.). C’est pourtant un disque de style archaïsant en jade céladon pâle, guibi, dynastie Qing, époque Qianlong qui a retenu toute l’attention, pulvérisant son estimation haute (60 000 €) à 492 500 euros. Mais ce n’est rien comparé à la grande peinture horizontale représentant une scène animée de personnages, XXe, qui, estimée à 1 000 à 1 500 euros, s’est envolée à 616 600 euros chez Tajan, la veille. Grâce à cette adjudication, la maison de ventes française a atteint 1,3 million d’euros, soit son plus haut total depuis 2013 pour une vente d’art asiatique en décembre.

« Les Chinois sont très joueurs »

Chez Christie’s, 7,8 millions d’euros ont été facturés contre 7,1 l’an dernier. C’est un paravent en laque de Coromandel, période Kangxi, daté de 1699, qui a obtenu la plus forte enchère de la vacation à 2,1 millions d’euros (voir ill.). Et même si la maison de ventes de François Pinault n’a pas cédé sa pièce phare – une montagne en jade céladon pâle, Chine, dynastie Qing, époque Qianlong –, à l’instar des autres opérateurs, de nombreuses pièces ont largement dépassé leurs estimations : un paysage à l’encre et couleurs sur papier de Huang Binhong, 1952, s’est vendu 874 000 euros, tandis qu’une statue de Bouddha Shakyamuni en jade céladon pâle, dynastie Qing, XVIIe-XVIIIe, a été adjugée 430 000 euros. « Aujourd’hui, la technique, pour faire monter les enchères, est de mettre des estimations très basses, car les Chinois sont très joueurs », a précisé Frantz Fray.

Artcurial, de son côté, a enregistré son plus mauvais score dans la catégorie avec un total de seulement 665 899 euros. Elle n’a pas réussi à vendre son lot star, une Guanyin debout en bronze doré, Chine, Royaume de Dali, XIIe, estimée à 500 000 à 700 000 euros.

À Drouot, le total cumulé des ventes qui s’y sont tenues a atteint 12 millions d’euros (contre 10,5 M€ l’an passé). Parmi la déferlante de lots, une boîte ronde en laque rouge, marque et époque Yongle (1402-1424), a été adjugée 2 millions d’euros chez Oger-Blanchet, tandis qu’une cloche rituelle bianzhong en bronze doré à décor en relief de deux dragons à cinq griffes, la poignée figurant deux dragons accolés, 1716, s’est vendue 665 000 euros chez Tessier & Sarrou. C’est, en revanche, Millon – qui organisait sa vente dans sa propre salle rue Rossini – qui a remporté la plus haute enchère de la semaine avec un bol en porcelaine de Chine, XVIIIe, faisant partie du cercle extrêmement restreint des porcelaines dites « Falangcai » à décor de la famille rose, qui a atteint 4,2 millions d’euros. C’est également la plus haute enchère en art d’Asie en France en 2019.

À noter toutefois que cette semaine de ventes ne regorgeait pas d’objets exceptionnels et qu’aucun prix exhorbitant n’a été obtenu, comme cela avait été le cas pour un cachet impérial vendu 21 millions d’euros chez Pierre Bergé et associés en 2016.

 

Toutes les estimations sont indiquées hors frais acheteur, tandis que les résultats sont indiqués frais compris.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°536 du 3 janvier 2020, avec le titre suivant : Arts d’Asie, un marché stable

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