Mercredi 28 juillet 2021

Art contemporain

Art Basel Hong Kong, le hub de la région

Par Frédéric Bonnet · Le Journal des Arts

Le 25 mars 2015 - 734 mots

Adulte et ultra dynamique, la foire chinoise offre une fenêtre incomparable
sur la création artistique dans toute l’Asie.

HONG KONG - L’une des singularités d’Art Basel Hong Kong a en partie résidé dans le fait que l’on ne s’y est pas pressé lors de l’inauguration, ce qui n’a pas empêché la tenue d’un niveau très correct de transactions, parfois très rapides. Quoique très fréquentés, preview et vernissage offraient une ambiance calme et feutrée, probablement due à une conjonction de zen asiatique et du violent jetlag auquel étaient soumis les Occidentaux ! Changement d’ambiance le dimanche, premier jour d’ouverture au public, avec des travées plus que noires de monde, des files d’attentes aux caisses et un niveau de congestion rarement, si ce n’est jamais, atteint dans une foire d’art contemporain.
Ainsi va Hongkong, où la troisième édition du salon, qui s’est tenue du 15 au 17 mars, a offert le visage d’une manifestation à la fois plus mature et dynamique. Mature car notable était le fait que beaucoup de galeries occidentales avaient remisé les stratégies à la petite semaine visant à montrer des artistes asiatiques, même lorsque cela ne leur était pas naturel, ou à charger les stands en œuvres de petits et moyens formats plus facilement vendables, ce afin de tenter maladroitement de s’adapter à un marché glissant. Dynamique car une fois encore le formidable potentiel de découvertes sur une scène asiatique en plein mouvement a constitué une véritable attraction, conjuguée à la très bonne tenue du secteur jeune, « Discoveries », qui a fait montre d’une belle sélection de projets. Un salon porté par ses « à-côtés » donc, avec la section « Insights » toujours pleine de surprises dévolue à des galeries régionales, mais aussi un secteur « Encounters » de plutôt bonne qualité, grâce notamment aux installations de Cao Fei (Vitamin Creative Space, Guangzhou), Zhao Zhao (Osage Gallery, Hongkong) ou Eko Nugroho (Arndt, Berlin, Singapour).

Carrefour de l’art en Asie
Au final, cette conjonction a donné lieu à une manifestation de très belle tenue, même si quelques stands faisaient encore tache dans le concert global. Surtout, Hongkong semble désormais s’imposer comme un hub d’échanges au service de toute la région. « Une telle manifestation aide à la globalisation de l’art asiatique et à faire connaître ce que cette région a à offrir, s’enthousiasmait le collectionneur philippin Marcel Crespo. Il y a sept ans, presque aucun artiste philippin n’avait de visibilité à l’étranger, mais depuis peu des gens viennent à Manille voir ce qui s’y passe. Art Basel est utile car elle attire ici des Occidentaux, et à l’inverse les collectionneurs asiatiques commencent à acheter d’autres artistes que ceux de leur pays. »

Effectivement, nombre de marchands ont noté la présence en nombre d’une clientèle de trentenaires et quarantenaires, déjà au faîte du sujet et très ouverte à l’international, faisant mentir le traditionnel adage voulant que les Chinois achètent Chinois. « C’est une foire intéressante dans laquelle nous avons de très bonnes conversations, témoignait Martine d’Anglejan-Chatillon, associée chez Thomas Dane (Londres), qui évoquait notamment la vente d’un grand tableau de Walead Beshty à un collectionneur malaisien. On perçoit un potentiel jeune de toute l’Asie, des gens éduqués aux États-Unis ou en Europe qui reviennent faire des affaires chez eux et qui s’y connaissent, avec ce qui semble être une envie de s’accrocher à quelque chose de dynamique, pas seulement commercial mais aussi intellectuel. » Chez Ibid (Londres, Los Angeles), Magnus Edensvard précisait toutefois que « peu d’achats d’œuvres d’artistes inconnus se font, les collectionneurs cherchent pour l’essentiel des noms déjà un peu connus en Europe ou aux États-Unis. »

L’art contemporain semble bénéficier à Hongkong d’un véritable et nouvel engouement, qui était visible également sous la tente édifiée afin d’accueillir la première édition du salon off Art Central, créé par des membres de l’ancienne ART HK ; une manifestation très fréquentée elle aussi, mais à la qualité très passable, avec notamment un gouffre qualitatif entre certaines galeries aux productions criardes et le magnifique stand de la galerie Hyundai (Séoul) dévolu à la peinture coréenne par exemple.

Une autre curiosité d’Art Basel Hong Kong tient dans le nombre jamais vu, dans aucun salon au monde, de tout jeunes enfants venus avec leurs parents, ce qui ne fut pas sans provoquer quelques frayeurs aux galeristes. Cette présence inattendue ouvre néanmoins d’intéressantes perspectives, car probablement parmi ces bambins agités se trouvent déjà des collectionneurs de demain.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°432 du 27 mars 2015, avec le titre suivant : Art Basel Hong Kong, le hub de la région

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