Samedi 5 décembre 2020

Art Basel au meilleur de sa forme

« Comme en 2007 »

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 21 juin 2011 - 827 mots

De retour de Venise, les acheteurs étaient au rendez-vous à la Foire de Bâle. Elle a enregistré de belles ventes, témoins d’un marché en bonne santé qui attire de nouveaux collectionneurs venus d’Asie. Cette édition, qui mettait l’accent sur les œuvres monumentales, a brillé par la qualité des pièces présentées.

BÂLE - Du lourd, rien que du lourd. Tel était le mot d’ordre des exposants de la Foire de Bâle, organisée du 15 au 19 juin, lesquels n’ont pas lésiné sur la grosse artillerie et les installations volumineuses. Car lorsqu’on se trouve dans la Mecque de l’art, il faut savoir tenir son rang. « Au final, de telles œuvres attirent les gens, et si vous ne vendez pas la grosse pièce, vous pouvez vendre d’autres choses plus petites de l’artiste », notait Peter Nagy, directeur de la galerie Nature Morte (New Delhi, Berlin) en présentant un squelette de dinosaure du duo Claire Healy & Sean Cordeiro. Le format « XXL » est avant tout l’apanage de la section « Art Unlimited », de très bonne qualité cette année. Un secteur à tonalité très minérale en l’occurrence, avec l’ensemble de Mario Merz, le mobile d’Étienne Chambaud, ou encore la magnifique sculpture en onyx de Bojan Sarcevic dont la surface évoquait aussi bien les constellations que les fonds marins. Moins convaincant en revanche  apparaît la « porte en pierre » de Chris Anderson, rescapée du parc Astérix ou du tournage d’un film de Disney… En montrant autant de lapidaires, les galeries ont-elles voulu indiquer que l’art est une valeur aussi solide que la pierre ?  

Transactions préparées
« Art Unlimited » a aussi brillé par la qualité de certaines vidéos, comme celle de Deimantas Narkevicius axée sur un jeune groupe musical. Une fois n’est pas coutume, « Art Statements » fut globalement de bon niveau, et plus éclectique que d’habitude, avec les photographies de Zanele Muholi représentant des lesbiennes et transsexuels africains à l’affiche chez Michael Stevenson (Le Cap) ; ou le lopin de terre du Kosovo transplanté à Bâle par Petrit Halilaj, sur le stand de la galerie Chert (Berlin). Côté art moderne, il était difficile de relever des chefs-d’œuvre, si ce n’est un remarquable Fernand Léger de 1919 présenté par Gagosian (Los Angeles, New York, Paris), ou quelques pépites comme le Portrait de Maurice Raynal de Juan Gris chez Marc Blondeau (Genève). On pouvait aussi regretter l’absence de véritables surprises à l’étage contemporain de la foire, certes de bonne qualité, mais un tantinet ennuyeuse. Le commerce fut, lui, au rendez-vous à tous les niveaux, ce malgré des prix très élevés. « Les professionnels ont travaillé, sans [subir] la folie des vautours prêts à tomber sur des proies. Il n’y a pas eu de ruée aveugle, les gens veulent savoir ce qu’ils achètent », confiait Marc Blondeau. « Cela me rappelle 2007, sauf que les collectionneurs sont plus intelligents », ajoutait Adam Scheffer, de la galerie Cheim & Read (New York). Nombre d’affaires furent conclues dès le premier jour. Marcel Fleiss, de la Galerie 1900-2000 (Paris), confiait avoir réalisé son meilleur vernissage en quinze ans de participation. Mais les transactions avaient souvent été préparées en amont. Ainsi, chez Thaddaeus Ropac (Paris, Salzbourg), vingt-cinq pièces étaient réservées avant le salon, dont la vente de vingt d’entre elles fut concrétisée dès l’inauguration. White Cube (Londres) a pour sa part cédé l’intégralité des œuvres de Gary Hume, et une sculpture d’Anthony Gormley à un collectionneur de San Francisco, administrateur du San Farncisco Museum of Modern Art.

Praz-Delavallade (Paris) a vendu un grand triptyque de Sam Durant à Tony Salamé, fondateur du grand magasin Aïshti à Beyrouth (Liban), et une pièce de John Miller à Don et Mera Rubell. La Tate  (Londres) a réservé une photographie de Luc Delahaye chez Nathalie Obadia (Paris), tandis que le Musée Reina-Sofía (Madrid) a mis une option sur des dessins d’Ana Mendieta chez Lelong (Paris, New York). Même certaines pièces d’« Art Unlimited » ont trouvé preneur, à l’instar de l’ensemble de David Nash emporté par un privé allemand, et d’une sculpture de Sudarshan Shetty cédée à un collectionneur américain.  

Mais surtout, Bâle regorgeait de nombreux nouveaux acheteurs, parmi lesquels une douzaine de groupes chinois. De jeunes collectionneurs d’Arabie Saoudite ont acquis chez Andrée Sfeir-Semler (Hambourg, Beyrouth) un ensemble de photos d’Yto Barrada, tandis qu’un nouvel amateur libyen installé à Paris a acheté une pièce de Louise Bourgeois chez Cheim & Read. De son côté, le Chinois Budi Tek, le « roi du poulet » basé en Indonésie, a emporté une grande pièce de Fred Sandback installée dans « Art Unlimited » par David Zwirner (New York), tout en négociant un Impénétrable de Mona Hatoum. « Je ne veux pas être un collectionneur d’art chinois, mais un collectionneur international, nous a-t-il confié. Une collection purement chinoise ne satisferait pas mon ambition. » L’ambition ? Créer un musée d’une surface de 8 000 m2 d’ici à 2013-2014 à Shanghaï pour montrer sa collection d’art asiatique et occidental. 

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°350 du 24 juin 2011, avec le titre suivant : Art Basel au meilleur de sa forme

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