Lundi 17 décembre 2018

Art aux enchères : le Net balbutie

Par Éric Tariant · Le Journal des Arts

Le 3 mars 2000 - 861 mots

Les millions de dollars investis par les sociétés qui ont misé sur les ventes aux enchères via l’Internet ne semblent pas garantir un succès immédiat. Celles qui, comme Sotheby’s ou N@rt, ont été parmi les premières sur ce marché délivrent au compte-gouttes des résultats très incomplets. eAuctionRoom, nouvelle venue, qui retransmettra en temps réel dès le mois de mars des vacations qui ont lieu à Drouot, avec la possibilité d’enchérir à tout moment, connaîtra-t-elle un démarrage plus satisfaisant ?

PARIS - La rapidité avec laquelle de jeunes entrepreneurs américains comme Pierre Omidyar, patron d’eBay, se sont retrouvés, après quelques mois de ventes sur le Net, suivis par l’introduction de leur société en bourse, à la tête de fortunes potentielles évaluées en millions de dollars, aiguise les appétits. Malgré les débuts encore peu concluants de sites comme sotheby’s.com, n@rt.com ou oxion.com, mois après mois, de nouveaux protagonistes se positionnent sur le marché. Une entreprise new-yorkaise, spécialisée dans les recherches sur le Net, évalue à 29 millions le nombre de personnes qui ont effectué en 1999, aux États-Unis, des achats en ligne. La Forrester Research, une société basée à Cambridge, aux États-Unis, a prédit que le montant des ventes aux enchères sur l’Internet passerait de 1,4 milliard de dollars en 1998 à 19 milliards en 2003. Mais ventes aux enchères ne veut pas dire ventes d’objets d’art, et il n’y a pas là de quoi rassurer les dirigeants de “start-up” spécialisées, face au démarrage trop lent des ventes d’art en ligne. Sotheby’s, qui a investi plus de 40 millions de dollars pour le lancement de son site, n’a visiblement pas obtenu un retour rapide sur investissement. Le site réaliserait un chiffre d’affaires hebdomadaire de 136 000 dollars, selon les informations recueillies par The Art Newspaper, notre partenaire éditorial. Craig Moffet, président de Sotheby’s.com, assure que plusieurs milliers de lots ont déjà été vendus sur le site. Il évalue à 25 % le volume moyen des lots vendus, mais ne communique aucune liste exhaustive des pièces proposées aux enchères ni des objets effectivement vendus. Vingt-cinq marchands qui ont conclu des accords avec Sotheby’s pour présenter leurs objets sur le Net ont été interrogés par The Art Newspaper. Seuls deux d’entre eux auraient effectivement vendu des œuvres sur le site, dont David Kerr (Simon Dickinson Fine Art) qui a cédé à 20 000 dollars (133 000 francs) une toile de Jean-Baptiste Regnault. Malgré cette transaction, le marchand semblait peu satisfait des performances du site, se plaignant de la difficulté à se connecter, mais aussi de la trop petite taille des images. Clemens Vanderven (Vanderven & Vanderven) présentait un vase japonais Arita qui n’a pas reçu la moindre enchère, tout comme les cinq lots sélectionnés par John Man (Speelman).

Une information parcimonieuse
Mêmes incertitudes et même absence d’information du côté des entreprises françaises. N@rt, une des plus anciennes sur le créneau – elle a organisé dès 1997, sur le Net et en simultané à Drouot avec le commissaire-priseur Jean-Claude Binoche, une vacation proposant des documents se rapportant à l’affaire Dreyfus –, a mis en ligne 300 lots qui ont été proposés aux enchérisseurs du 26 novembre au 6 décembre. Aucun résultat complet n’a été communiqué, la société se contentant de préciser qu’un Renoir a été enlevé à 208 000 francs – la plus forte enchère de la vente –, un “tableau de l’école de Francken” à 97 000 francs et une estampe à 400 francs. Le prix moyen des objets vendus s’élèverait à 38 500 francs.

Trente lots étaient présentés lors de la première vacation organisée du 28 janvier au 11 février sur le site oxion.com créé par Jean-Claude Binoche. Douze pièces auraient été vendues, selon le commissaire-priseur, dont une toile d’André Masson à 86 209 Euros (565 000 francs). Ces deux sociétés sélectionnent des objets qui sont proposés pendant un laps de temps prédéterminé (10 jours chez n@rt, 15 jours pour oxion.com), l’adjudication finale ayant lieu au moment de la clôture de la vente.

eAuctionRoom propose un système très différent. Véritable plate-forme technologique, la société parisienne diffuse sur son site, en temps réel, des vacations se déroulant dans des hôtels de ventes.
Tout au long de la vente, le site retransmet l’image du commissaire-priseur et du lot en cours d’adjudication. L’information sur les enchères est donnée en temps réel, et l’internaute peut cliquer à tout moment pour enchérir contre un autre acheteur. La veille de la vente, l’exposition est accessible sous forme de vidéo sur le site. Les œuvres sont présentées en situation. Quelques interviews – celles du commissaire-priseur et de son expert, par exemple – complètent l’exposition. Tout internaute acquéreur peut s’inscrire jusqu’à 24 heures avant la vente, sachant que le web peut accueillir aujourd’hui jusqu’à 400 enchérisseurs en même temps. Vingt commissaires-priseurs, dont Éric Couturier, qui inaugurera le site le 20 mars en dispersant la garde-robe d’une actrice des années trente, auraient souscrit à ce service. eAuctionRoom prélèvera 0,5 % du produit de la vente retransmise sur le Net. Ce système offre a priori un plus, avec une grande facilité d’accès. Est-il promis à avenir plus brillant que les ventes qui se déroulent uniquement en ligne ? Premiers éléments de réponse dans trois semaines.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°100 du 3 mars 2000, avec le titre suivant : Art aux enchères : le Net balbutie

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