Mardi 10 décembre 2019

Foire

FOIRE D’ART CONTEMPORAIN AFRICAIN

Akaa, une édition très engagée

Par Alexia Lanta Maestrati · Le Journal des Arts

Le 14 novembre 2019 - 609 mots

PARIS

La foire d’art contemporain et de design présentait des œuvres très imprégnées de l’actualité du continent africain.

Paris. Akaa, ou Also Known as Africa, qui ambitionne de montrer l’art contemporain et le design africain, ne rivalise pas encore tout à fait avec sa voisine d’outre-Manche « 1-54 », également présente à New York et Marrakech. Elle a néanmoins su devenir un rendez-vous attendu de la scène parisienne, comme en témoignent la qualité des œuvres et l’intérêt du public lors de cette 4e édition qui se tenait du 9 au 11 novembre sous la verrière du Carreau du Temple.

D’une taille limitée (44 stands), comportant un tiers d’expositions personnelles, la foire permet de se plonger dans le travail d’artistes, pour beaucoup très engagés.

Quelques signatures connues étaient présentes, ainsi à la Galerie Chauvy (Paris) où Soly Cissé présentait une nouvelle série sur la pollution des océans. Ce passionné de surf, qui a vu l’océan se remplir de plastiques au Sénégal, et les Chinois installer des pêcheries industrielles, empêchant les locaux d’exploiter eux-mêmes la mer, peint des poissons qui frémissent à la surface de ses toiles. Quelques allées plus loin, c’est un plus jeune talent, le Camerounais Jean-David Nkot (Afikaris, Paris), qui dénonce le trafic sexuel des jeunes femmes nigérianes. Dans ses toiles, on distingue des corps de femmes, agenouillées et souffrantes, recouvertes par les dessins d’une ville imaginaire, en référence au réseau de prostitution « juju ».

Akaa se positionne comme une plateforme de découverte, les artistes sont encore peu connus dans l’Hexagone. Anne de Villepoix (Paris) exposait ainsi pour la première fois Tuli Mekondjo. La jeune artiste a grandi dans un camp de réfugiés en Namibie. Cette activiste qui fait partie de la petite scène queer locale découpe des photographies de personnes issues de minorités dans les livres et les magazines pour en faire des toiles. Très décoratives, celles-ci, exécutées au stylo doré puis vernies à la bombe, sont remplies de fleurs, de végétation. Chez Movart (Angola), Keyezua est également une activiste investie dans la scène queer de son pays, l’Angola. Ses photographies, hautes en couleur, renversent la hiérarchie de la société, en plaçant les animaux au-dessus de l’homme et en pointant du doigt la corruption [voir ill.]. À l’instar de Movart, 18 enseignes au total étaient venues d’Afrique (Angola, Maroc, Sénégal, Zimbabwe…), permettant au visiteur de rencontrer des galeries que l’on voit peu ailleurs.

La violence en Afrique du Sud

La concomitance avec Paris Photo a renforcé la présence de la photographie sur Akaa. Et, comme les années précédentes, les artistes sud-africains étaient en nombre. La galerie Saudade Vision (Malte) présentait des clichés de Graeme Williams. Cet ancien photojournaliste, qui documentait les conflits pendant l’apartheid, réalise désormais des photos en noir et blanc sur la société post-apartheid ; « Je travaille sur la solitude, et la recherche identitaire à Johannesburg qui est une ville extrêmement violente. Je me déplace avec trois gardes du corps, il y a environ 58 morts par jour », explique le photographe. À l’entrée de la foire, on pouvait voir les portraits en noir et blanc de l’activiste LGBT Zanele Muholi (Galerie Carole Kvasnevski, Paris), que l’on retrouvait dans le documentaire Afrique du Sud, portraits chromatiques, présenté le samedi à Akaa. Très instructif, celui-ci offre une vision de l’Afrique du Sud par les photographes engagés tels que David Goldblatt ou Pieter Hugo.

Fort heureusement, certains envisagent des futurs plus lumineux, à l’instar de Nelson Makamo (Botho Project Space, Joahnnesburg). L’artiste de Johannesburg, rentré dans les collections de célébrités américaines tels Barack Obama ou Oprah Winfrey, et très connu après avoir fait la couverture du Times, présente une vision souriante de l’enfance. Ou comme titrait le quotidien britannique, « l’art de l’optimiste ».

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°533 du 15 novembre 2019, avec le titre suivant : Akaa, une édition très engagée

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