Art contemporain

ABC rentre dans le rang

Par Isabelle Spicer (Correspondante à Berlin) · Le Journal des Arts

Le 29 septembre 2015 - 759 mots

La huitième édition d’Art Berlin Contemporary, la principale foire d’art contemporain berlinoise, marque une nette évolution vers un format commercial plus standard.

BERLIN - Lors des précédentes éditions, les organisateurs d’ Art Berlin Contemporary (ABC) procédaient systématiquement à un petit jeu sémantique, réfutant formellement être une foire à proprement parler, mais plutôt un format expérimental. Issue d’une initiative privée de galeries berlinoises, ABC présentait cette année un nombre resserré de près de cent galeries, provenant de dix-sept pays. Environ la moitié de ces galeries sont basées à Berlin et plus des trois-quarts en Allemagne. Les galeries françaises étaient les grandes absentes de cette édition, qui s’est déroulée du 17 au 20 septembre. L’espace libéré par le nombre moins important d’exposants était réalloué  à une exposition d’œuvres issues des collections privées berlinoises, toujours plus nombreuses à s’installer dans la capitale.

Cette année, Maike Cruse, directrice d’ABC et du Gallery Weekend, a mis en place des changements majeurs. ABC s’est doté d’un comité de sélection, alors que jusqu’à présent la participation se faisait sur invitation. Cela a ainsi permis l’arrivée de nouvelles galeries, telle que Spinello Projects de Miami, qui proposait une installation d’Agustina Woodgate. Autre nouvelle venue qui a profité du système de sélection, la galerie berlinoise Dittrich & Schlechtriem présentait le jeune artiste Julian Charrière (27 ans). Celui-ci crée des fossiles du futur dans un aquarium de six mètres de long, contenant des fleurs trempées dans l’eau, puis congelées. Ses photos d’un ancien site de tests nucléaires soviétique au Kazakhstan étaient accompagnées d’un petit container étanche de sable radioactif.

Initiatives commerciales
Autre nouveauté, l’obligation d’exposer une position artistique unique est abandonnée. La galerie Mehdi Chouakri proposait ainsi un stand plus classique, mais réussi des artistes Sâadane Afif, N. Dash et Luca Trevisani. Les galeries Esther Schipper et Johnen, qui ont fusionné en mai dernier, présentaient pour la première fois un stand commun autour de quatre artistes : Ari Benjamin Meyers, Jean-Pascal Flavien, Martin Boyce, avec une mention spéciale pour les subtiles sculptures en résine de marbre de Ryan Gander.  ABC a également procédé à un changement de scénographie. Pour la première fois, les stands étaient délimités par des demi-cloisons, conférant un aspect plus classique de foire traditionnelle. ABC gagne en clarté grâce à cette nouvelle architecture, mais perd également un peu de son charme en raison d’une moindre visibilité des installations monumentales typiques de la foire. Ces changements ont été toutefois bien accueillis par les galeries. Le galeriste autrichien Peter Krobath, qui a participé à toutes les éditions d’ABC, se réjouit de l’orientation plus commerciale de la foire.

La foire berlinoise a accueilli cette année 30 000 visiteurs. Malgré la présence de grands collectionneurs tels que le Suisse Uli Sigg ou l’Italienne Patrizia Sandretto Re Rebaudengo, ABC a encore attiré cette année essentiellement des collectionneurs allemands. Pour le galeriste Sies Höke de Düsseldorf, les ventes ont démarré avant même le début de la foire. La galerie avait annoncé sa participation à ABC en postant sur instagram une photo d’une œuvre de Federico Herrero. L’œuvre a été quasi immédiatement acquise par un collectionneur new-yorkais.

Jeunes recrues
Toutefois, les galeristes le répètent à l’envi, ce n’est pas à ABC que l’on fait le chiffre d’affaires de l’année. Malgré un glissement progressif vers une foire plus traditionnelle, cela reste un lieu de présentation des artistes et des galeries. La galerie Ellis King de Dublin exposait ainsi une installation de la très jeune artiste algérienne Lydia Ourahmane (23 ans), vendue au printemps dernier à la galerie lors de sa première exposition individuelle. Sans objectif commercial, sa présence à ABC visait dès lors à faire connaître l’artiste et développer des contacts institutionnels. Les galeries berlinoises ont cette année de nouveau proposé en leurs murs des vernissages et nocturnes concertés la veille de l’ouverture de la foire. En marge d’ABC, la galerie König a vendu pour près d’un demi-million d’euros l’installation de l’artiste Camille Henrot à la collectionneuse de Düsseldorf Julia Stoschek. Cette dernière ouvrira prochainement un second lieu d’exposition de sa collection privée à Berlin.
Afin de soutenir les foires d’automne de la capitale, le Land de Berlin a créé il y a trois ans la Berlin Art Week. Son ambitieux programme de 50 expositions et plus de 100 événements a attiré un record de 100 000 visiteurs. Parmi les temps forts figuraient la reconstitution et la réinterprétation du « happening » Fluids d’Allan Kaprow, ainsi que la remise du prix bisannuel de la Nationalgalerie, décerné à Anne Imhof par un jury international auquel participait cette année Bernard Blistène, directeur du Musée national d’art moderne.

Légende photo

Vue du stand de Dittrich & Schlechtriem, à abc art berlin contemporary, avec les oeuvres de Julien Charrière. © Photo : Stefan Korte.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°442 du 2 octobre 2015, avec le titre suivant : ABC rentre dans le rang

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