Yan Pei-Ming : « Le portrait est réussi quand les larmes vous montent aux yeux »

Par Marie Zawisza · L'ŒIL

Le 22 mars 2016

Le peintre est l’un des plus célèbres portraitistes contemporains, qui réalise le portrait de politiques ou d’artistes. Il expose actuellement à la Villa Médicis à Rome.

L’Œil Pourquoi le portrait occupe-t-il une place majeure dans votre univers artistique ?
Yan Pei-Ming
J’accorde une telle importance au portrait parce qu’il révèle l’homme. Il est un miroir de notre société et de notre époque. Le choix du sujet dépend des circonstances, des événements, des projets. Il dépend aussi beaucoup de mon envie. En 2006 par exemple, pour la « Force de l’art », j’ai décidé de faire en cachette le portrait de Dominique de Villepin, l’initiateur de cette grande manifestation. C’était une sorte de portrait de propagande, alors qu’il était en proie à de violentes critiques dans la presse.

En quoi chaque portrait est-il différent dans la manière dont vous l’abordez ?
Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que tout part d’une sensation. Une sensation que j’ai au départ des personnes, des circonstances, et qui détermine ma manière d’attaquer le portrait. Chaque portrait reflète la personnalité, l’histoire, les récits d’un homme particulier. Ce qui relie les différents portraits entre eux, c’est que les hommes font partie d’une même société. C’est en fin de compte le temps qui jugera de l’utilité ou non d’un portrait. Plus encore que du sujet, celle-ci dépend du peintre, de la qualité du peintre.

À partir du moment où vous avez choisi votre sujet, comment travaillez-vous ?
Tout dépend de la source. Lorsque je peins des morts – Kadhafi par exemple –, je ne peux pas les réveiller ! Je travaille donc nécessairement à partir de documentation. Pour ce qui est des vivants, je travaille ou bien d’après modèle ou bien d’après documentation, constituée de photographies personnelles ou de clichés trouvés sur Internet parfois. Peindre d’après photo, c’est avoir d’emblée toutes les informations en main. Peindre d’après modèle en revanche signifie que l’œil de l’artiste sélectionne : c’est sa propre vision, son propre cadrage. Cette différence d’approche est semblable à celle d’une interview : l’interviewer a le choix de tout enregistrer, ou de prendre des notes, en opérant dès le départ une sélection.

Quand savez-vous que vous avez terminé ? Comment jugez-vous qu’un portrait est réussi ?
Je peins toujours avec la radio allumée. Quand je n’entends plus rien, je comprends qu’il se passe quelque chose. C’est une sensation très forte, comme un instant de grâce. Le portrait est selon moi réussi quand les larmes vous montent aux yeux. Il doit vous mettre en émoi ! Il y a une dimension sublime, qui dépasse le sujet. C’est la beauté de la peinture elle-même, au-delà du sujet, qui est alors en jeu. Beauté et sentiment : voilà deux termes tabous, voire suspects, dans l’art contemporain, en France. On se sent coupable d’employer ces termes. Moi qui parle de sensation et de sentiment, je suis un peintre de la culpabilité !

Votre portrait le plus réussi ?

Celui de Dominique de Villepin. C’est un très beau portrait, car il exprime en une seule image l’ambiguïté d’une expression, où se mêlent angoisse et fureur.

Yan Pei-Ming. Roma »
Du 18 mars au 19 juin 2016. Académie de France à Rome, Villa Médicis, viale Trinità dei Monti, 1, Rome, Italie. Du mardi au dimanche de 10 h à 19 h, fermé le lundi.
Tarifs : 12 et 6 €.
Commissaire : Henri Loyrette.
www.villamedici.it

« À quoi tient la beauté des étreintes »
Du 30 janvier au 27 mars 2016. Frac Auvergne, 6, rue du Terrail, Clermont-Ferrand (63). Du mardi au samedi de 14 h à 18 h, le dimanche de 15 h à 18 h, fermé le lundi. Entrée libre.
Commissaire : Jean-Charles Vergne.
www.frac-auvergne.fr

« La collection, un choix d’œuvres chinoises »
Du 27 janvier au 5 septembre 2016. Fondation Louis Vuitton, 8, avenue du Mahatma-Gandhi, Paris-16e. Du lundi au vendredi de 12 h à 19 h, nocturne le vendredi jusqu’à 23 h, le week-end de 11 h à 20 h, fermé le mardi. Tarifs : 14 à 5 €.
www.fondationlouisvuitton.fr

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°689 du 1 avril 2016, avec le titre suivant : Yan Pei-Ming : « Le portrait est réussi quand les larmes vous montent aux yeux »

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