Voyage au centre de Gordon

Par Lina Mistretta · L'ŒIL

Le 29 septembre 2008 - 396 mots

Douglas Gordon, prestigieux artiste écossais de la collection Yvon Lambert, aime Avignon – il y effectue de fréquents séjours – et Avignon le lui rend bien. Jusqu’au 2 novembre 2008, il investit de son univers étrange le MAC et la grande chapelle du palais des Papes.

« Où se trouvent les clés ? » titre l’exposition. Si l’être humain est une énigme, Gordon nous propose de la déchiffrer à travers les méandres chaotiques de sa mémoire, de son histoire, miroir de la nôtre. Le musée devient alors un corps à l’intérieur duquel les salles sont pensées comme des organes. Sur les murs, prophéties, mots d’amour ou sortilèges courent comme autant de tatouages sur la peau. Autour de son cou on peut d’ailleurs lire : « une vie, un amour, un dieu », maxime aussi univoque que sont ambivalents les arcanes de son expérience mentale : bien/mal, sexualité/répulsion, religion et mort.
À travers le dédale de salles où se mêlent photographies et vidéos, le parcours déroule le cheminement d’une mémoire nourrie de culture populaire : musique, télévision et surtout cinéma. Sur un écran géant, une double projection superpose l’extase de Bernadette Soubirou et les plans illuminés de L’Exorciste, confondant ainsi la part duelle qui est en nous.
Les photos du front lacéré de Gordon représentent-elles sa part diabolique et Dorian Gray sur l’écran attenant est-il son double ? La notion de temps est aussi importante dans le travail de Gordon : 24 Hour Psycho d’Hitchcock s’étire à l’infini, conférant aux images une autre étrange atmosphère et Dr Jekill et Mister Hyde n’en finit pas de se transformer de façon pathétique.
Une cinquantaine de vidéos restituent dans une pénombre oppressante des fragments de mémoire personnelle et collective : scènes de cinéma, histoires extraordinaires, cobayes féminins, corps tronqués, tête coupée d’un condamné à mort. Plus loin dans Blind Stars, des centaines de photos de vedettes françaises aux orifices – nez, yeux, bouche – brûlés deviennent paradoxalement de sublimes autodafés.
Enfin, inéluctablement l’artiste retrouve le ventre maternel. Dans un espace bleu – originel – une sono diffuse les chansons écoutées pendant la grossesse de sa mère. Si nous n’avons pas toutes les clés, restent les sensations fortes d’une exposition à la fois profonde et truculente.

Voir

« Où se trouvent les clés ? », collection Lambert en Avignon, grande chapelle du palais des Papes, Avignon (84), jusqu’au 2 novembre 2008, www.collectionlambert.com

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°606 du 1 octobre 2008, avec le titre suivant : Voyage au centre de Gordon

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