Vivant Denon, l’œil de Napoléon

L'ŒIL

Le 1 novembre 1999 - 487 mots

Pendant quatre ans, Pierre Rosenberg a lancé des spécialistes du monde entier dans une vaste enquête sur l’un des personnages les plus mystérieux de l’histoire de l’art, Dominique Vivant Denon, qui fut le Napoléon des arts, comme le professeur Moriarty fut le Napoléon du crime. Il fallut au président-directeur du Louvre une ténacité digne du rival de ce dernier, le célèbre Sherlock Holmes, pour lever une partie du voile qui entoure la figure de Denon. Homme des Lumières, diplomate, écrivain, auteur de Point de Lendemain, le « plus beau roman de la littérature française » selon Malraux, compagnon de Bonaparte en Égypte, il commence à plus de 50 ans une carrière à la tête des musées de l’Empire. En première ligne dans les batailles, traçant des croquis, il a pour mission de choisir dans l’Europe conquise ce qu’il y a de plus beau. Il crée le Musée Napoléon. Le premier, il regarde les primitifs italiens, choisit, négocie, masque ses « pillages » avec les clauses des traités. Pourtant Denon n’est en aucun cas le prédécesseur de Goering. Il travaille pour la France, patrie de la liberté, mère des arts et fille de la Révolution. Après Waterloo, Denon se consacre à sa propre collection. L’exposition montre ses estampes, ses incroyables pastiches de Rembrandt ou de Dürer qu’il mêle aux authentiques chefs-d’œuvre qu’il possède. Une révélation. Au passage, il exécute l’une des premières lithographies, collectionne des proues de pirogues et des coiffures indiennes, réunit magots chinois et pied de momie – celle qui inspira Gautier. Le Louvre de Napoléon n’a pas survécu. Les œuvres ont regagné Venise, Rome ou Naples, mais la génération des premiers romantiques en fut marquée à jamais. Plusieurs mystères entourent Denon : de quoi vivait-il à Venise avant la Révolution ? Espion, marchand d’art, un peu les deux ? Comment fut-il accepté par Robespierre ? Où rencontra-t-il Bonaparte ? À côté de l’anecdote, demeurent de vraies questions d’histoire de l’art : son goût, en sculpture notamment, fut-il aussi original qu’on le prétend ? Quel rôle joua-t-il dans l’invention du style Empire ? Comment dirigeait-il le Louvre en étant toujours en voyage ? Les réponses se trouvaient aux archives du Quai d’Orsay, dans celles du Louvre, à Venise, à Saint-Pétersbourg, au fond des musées français où des découvertes majeures ont été faites. Le catalogue, même si l’on doit déplorer la faiblesse de la partie consacrée à Denon écrivain, est une somme qui fera date. Le tour de force de cette exposition, la plus passionnante, la plus haletante et la plus romanesque de l’année, est de réussir à montrer le vrai Denon. Sorti de l’ombre ces dernières annés avec les livres de Patrick Mauriès ou de Philippe Sollers, il méritait le remarquable travail de recherche scientifique accompli par cette équipe internationale d’universitaires, de chercheurs et de conservateurs.

PARIS, Musée du Louvre et CHANTILLY, Musée Condé, jusqu’au 17 janvier, cat. éd. RMN, 440 p., 730 ill., 390 F.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°511 du 1 novembre 1999, avec le titre suivant : Vivant Denon, l’œil de Napoléon

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