Samedi 15 décembre 2018

Peinture

Véronèse, l’art délicat de la séduction

Le Journal des Arts

Le 8 octobre 2004 - 641 mots

Une trentaine de portraits, allégories et scènes mythologiques s’attachent à révéler, au Musée du Luxembourg, l’art « profane » de Véronèse.

 PARIS - Avec Titien et Tintoret, Véronèse (1528-1588) est considéré comme l’un des plus grands peintres vénitiens, parfois éclipsé dans l’histoire de l’art par le génie du premier. Formé à Vérone chez son père tailleur de pierre, puis dans l’atelier d’Antonio Badile, le jeune Paolo Caliari, dit « Véronèse », est d’abord remarqué pour ses talents de dessinateur. Ses premières commandes en tant que peintre témoignent d’un mélange d’influence maniériste et d’un attrait déjà prononcé pour les recherches chromatiques. Le début des années 1550 est marqué par ses premières œuvres significatives, en particulier La Tentation de saint Antoine – présentée dans l’exposition du Musée du Luxembourg –, retable commandé par le cardinal Hercule Gonzague pour l’un des autels latéraux de la cathédrale de Mantoue, aujourd’hui conservé au Musée des beaux-arts de Caen. D’une grande force expressive, cette peinture est à la fois marquée par Michel-Ange pour le corps puissant du saint et par le maniérisme du Parmesan dans la représentation du personnage féminin. C’est à Venise que la carrière de Véronèse prend véritablement son envol. Il révèle au cœur de la Sérénissime ses talents de décorateur, notamment dans les salles du Conseil des dix du Palais des doges. Son art poétique, en parfaite adéquation avec l’architecture, s’épanouit encore davantage dans les églises où il peint une multitude de décors (San Sebastiano). De telles œuvres ne peuvent évidemment pas être déplacées – pas plus que des tableaux immenses comme Les Noces de Cana (1562) –, ce qui a conduit cette exposition à prendre le parti de se concentrer sur le Véronèse « profane », écartant d’emblée les œuvres religieuses pour se pencher sur des tableaux plus intimes de l’artiste. Que voit-on alors au Musée du Luxembourg ? Une trentaine de portraits, de scènes mythologiques, d’allégories (La Paix, La Constance, La Justice), servies par une scénographie sobre et des espaces suffisamment grands pour permettre le recul nécessaire, malgré l’exiguïté problématique du lieu. Véronèse est un grand portraitiste : Francesco Franceschini, le chevalier du Saint-Empire romain Iseppo da Porto avec son fils Adriano, ou encore La Belle Nani, chef-d’œuvre de délicatesse dans l’expression du visage mélancolique, de douceur dans le geste de la main, de raffinement dans le rendu du vêtement et des bijoux, ouvrent le parcours. Souvent en pied, ces portraits semblent d’abord imposants – une impression renforcée par l’accrochage (trop) haut des tableaux –, puis l’humanisme des visages prend le dessus. Ces œuvres révèlent une autre facette de l’art de Véronèse, loin du foisonnement de vastes compositions comme l’Enlèvement d’Europe ou des grandes scènes religieuses qui ont fait sa renommée. Suit un ensemble de peintures mythologiques, parmi lesquelles trois d’une série de quatre petites toiles destinées à la décoration d’un meuble ou d’un caisson. Réalisées entre 1562 et 1565, ces pièces de style classique, qui mettent en scène Atalante et Méléagre, Actéon et Diane, Vénus et Jupiter, sont d’une richesse chromatique exemplaire. Lucrèce (1585) est sans doute le plus touchant des tableaux présentés. L’héroïne romaine, se transperçant la poitrine avec un poignard, est seule dans la lumière, se détachant sur un fond sombre. Les couleurs se font plus sourdes au cours des dernières années de l’artiste, comme en témoigne le drapé vert profond, qui contraste ici fortement avec la peau diaphane de la jeune femme. Malheureusement, l’exposition est cruellement pauvre en informations données aux visiteurs, notamment par des cartels avares en renseignements sur la destination des œuvres et le contexte pourtant primordial de leur réalisation.

VÉRONÈSE PROFANE

Jusqu’au 30 janvier 2005, Musée du Luxembourg, 19, rue de Vaugirard, 75006 Paris, tél. 01 42 34 25 95, www.museeduluxembourg.fr, lundi, vendredi, samedi, dimanche 11h-22h30, mardi, mercredi, jeudi 11h-19h. DVD édité par SVO Art, 23 euros ; cat., éd. Skira, 184 p., 34 euros, ISBN 88-8491-875-8.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°200 du 8 octobre 2004, avec le titre suivant : Véronèse, l’art délicat de la séduction

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