Vendredi 19 octobre 2018

Une volée d’expositions rabelaisiennes

Par Manou Farine · L'ŒIL

Le 19 juin 2008 - 379 mots

Alors qu’il a déjà publié le Pantagruel et le Gargantua, Rabelais devient docteur à Montpellier le 22 mai 1537.

On dit qu’aujourd’hui encore, dans la vieille faculté héraultaise, chaque étudiant en médecine prête serment « sous sa robe ». Ce pourrait bien être un premier point de départ pour asseoir la gigantesque manifestation tendance tourisme culturel, dispersée cet été en Languedoc-Roussillon.
Le propos coordonné par Emmanuel Latreille en profite pour énoncer quelques connivences possibles entre art contemporain et vitalité rabelaisienne. Entre polyphonie de l’un et étendue des connaissances brassées par l’œuvre humaniste de l’autre. Suggérant même une « parenté dans l’arbitraire et l’ouverture des signes au début de la Renaissance comme au XXIe siècle ».
Ni déclinaison littérale, ni interprétation « foutraque » restreinte à l’imagerie dionysiaque et à la dive bouteille, le programme déroule pas moins d’une trentaine de manifestations. Elles pointent chez Rabelais comme chez nombre d’artistes une perméabilité enthousiaste entre culture savante et culture populaire. En témoigne la présence de Pierre Joseph, Denis Savary ou Lionel Scoccimaro, qui mixe sans mollir cultures adolescentes et conventions artistiques. En témoigne encore la présence, ici et là, d’une trousse de chirurgie, d’un traité sur le pet ou de soufflets de carnaval.
Au menu donc, mythologie rabelaisienne, humeurs organiques, satires sociales, fantaisie débridée, bonheur selon la nature et défiance à l’égard de tout ce qui pourrait brider les forces de l’être. Au rayon vitaliste on ne s’étonnera guère de trouver les univers de Wim Delvoye, John Bock, Annette Messager, les formes éphémères et organiques de Michel Blazy, la mythologie de Paul Mc Carthy ou même les états critiques et autres métamorphoses de matériaux d’Anita Molinero.
Mais la « Dégelée Rabelais » n’en oublie pas pour autant le jeu. À commencer par celui, vertigineux, de la langue, incomparablement riche, inventive et jouisseuse, qu’incarne tant Panurge le mystificateur et à qui la manifestation réserve un chapitre entier. Ivresse de la parole et du savoir, c’est ainsi que l’artiste belge Éric Duyckaerts, formidable pourfendeur des symboliques du pouvoir s’invite à plusieurs de ces expositions rabelaisiennes, mettant à leur service ses imparables mais délirantes démonstrations scientifiques pour mieux culbuter vérité et certitude.

« La dégelée Rabelais », Frac Languedoc-Roussillon, 4, rue Rambaud, Montpellier (34), et divers lieux d’exposition en région, www.fraclr.org, jusqu’au 28 septembre.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°604 du 1 juillet 2008, avec le titre suivant : Une volée d’expositions rabelaisiennes

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