Un tour des galeries (II)

Par Roger Bevan · Le Journal des Arts

Le 8 février 2010

LONDRES : LE ZAPPING DE RIST

Judith Nesbitt, qui a organisé plusieurs expositions remarquées à la Tate Gallery de Liverpool (Lichtenstein, Robert Gober, Antony Gormley, Ann Hamilton, Sigmar Polke…), préside désormais aux destinées de la Chisenhale Gallery. Pour sa première exposition, du 20 avril au 26 mai, elle a choisi deux œuvres du jeune artiste suisse Pipilotti Rist : Good Spirits Come Over Me-Pearls of the Time VI – trois projections vidéo présentées à l’automne 1995 dans "Wild Walls" au Stedelijk Museum d’Amsterdam – et Der Zimmer, un décor tout droit sorti d’Alice au Pays des merveilles, qui incite les visiteurs à s’installer sur un canapé et dans un fauteuil démesurés pour zapper, au moyen d’une gigantesque télécommande, sur dix vidéos qui retracent cinq ans de la carrière de l’artiste. Judith Nesbitt enchaînera avec Scrapheap Services (du 14 juin au 28 juillet), une œuvre créée à l’origine pour "Brilliant !", où elle fut acquise par le collectionneur de Miami Donald Rubell.

Lichtenstein bientôt chez d’Offay ?
Robin Vousden, le directeur de la galerie Anthony d’Offay, présente une exposition intitulée "Portrait de l’artiste", qui comprendra des autoportraits et portraits d’artistes exécutés par les peintres représentés par la galerie (du 25 avril au 15 juin).

Il a réuni pour l’occasion un nombre impressionnant d’œuvres nouvelles ou récentes de Georg Baselitz, Anselm Kiefer, Gilbert & George, Francesco Clemente, Bill Viola, Jeff Koons et Kiki Smith, ainsi qu’un tableau d’Howard Hodgkin à la mémoire de Max Gordon, et une photographie de Richard Long où figure l’ombre de sa propre silhouette. Deux contributions devraient particulièrement retenir l’attention : un portrait de Derek Jarman exécuté par Richard Hamilton d’après une photographie du réalisateur de cinéma, aujourd’hui disparu, prise à la Tate Gallery dans les dernières semaines de sa vie, et une toile de Roy Lichtenstein, peintre qui n’a pourtant jamais été représenté par la galerie mais qui fait partie des deux ou trois artistes américains qu’Anthony d’Offay souhaite exposer plus régulièrement.

Dans son appartement
Michael Hue-Williams inaugure sa galerie du 21 Cork Street – à l’étage au-dessus de Victoria Miró – avec "Affinités électives", qui présente des photographies de Susan Derges et Garry Fabian Miller du 12 avril au 17 mai. Le catalogue comportera un essai de Mark Haworth-Booth, directeur du département des Photographies au Victoria & Albert Museum.

Le marchand Anthony Wilkinson compte organiser régulièrement des expositions individuelles d’artistes contemporains dans les deux pièces de son appartement qui donnent sur Great Ormond Street. Il présente jusqu’au 13 avril une collaboration entre Peter Doig et Matthew Higgs. Ce dernier a presque entièrement fait disparaître le texte d’une page d’un roman policier norvégien, où seul subsiste ce constat : "Il y avait une peinture au mur", Doig fournissant la peinture en question. Anthony Wilkinson exposera également Nicky Hirst, du 15 avril au 25 mai, et Simon Callery, du 15 mai au 22 juin.

Partenariat avec Art Pace
Après avoir fermé sa galerie en juin 1995, David Gilmour organise désormais les expositions du Delfina Studio Trust. Il présente "Inner London" jusqu’au 14 avril, avec David Griffiths, Alex Heartley, Steve Johnson, Paul Winstanley et Catherine Yass. Le Delfina Studio Trust, créé en 1994 par Delfina Entrecanales, développe ses activités et se prépare à collaborer avec Art Pace, la fondation texane créée par Linda Pace et Dick Roberts : ses étudiants pourront passer deux mois en résidence à San Antonio, le Delfina Trust offrant la réciprocité aux artistes américains sélectionnés par Art Pace.

NEW YORK : GRAVES D’OUTRE-TOMBE

Chez Knoedler & Company, Nancy Graves, "Temptations of the Imagination : The Last Series", du 10 avril au 24 mai. Première exposition organisée depuis le décès de l’artiste en octobre 1995, elle rassemble treize sculptures réalisées en 1994 et 1995, dont la toute dernière : Metaphor and Melanomy.

Pour la troisième fois de sa carrière, et jusqu’au 20 avril, Thomas Schütte est à la galerie Marian Goodman. Cet artiste allemand, l’un des plus prometteurs de sa génération, y montre notamment une nouvelle installation de trois imposantes sculptures figuratives en aluminium.

La galerie Gagosian présente les sculptures récentes de Robert Graham. Poursuivant son étude du nu féminin, l’artiste a créé pour l’exposition trois statues : Elisa, Becky et Jennifer. Soixante estampes, dont la plupart sont inspirées des modèles des trois statues, les accompagnent (jusqu’au 20 avril).

Préfiguration du Guggenheim
Après le succès remporté par "1937 - American abstract Art", sa précédente exposition, Snyder Fine Art récidive avec une manifestation retraçant l’histoire du Museum of Non-Objective Painting (MN-OP) et de l’art abstrait américain dans les années trente et quarante. Elle réunit des œuvres d’artistes auxquels Solomon Guggenheim avait passé commande, parmi lesquels Rudolf Bauer, Penrod Centurion, Dwinell Grant, Irene Rice Pereira, Hilla Rebay, Roph Scarlett, John Sennhauser ou Jean Xceron. Le MN-OP avait présenté leurs œuvres dans un musée temporaire inauguré à New York en 1939, baptisé le "Temple de la Non-Objectivité", préfigurant le Guggenheim Museum, dessiné par Frank Lloyd Wright en 1943.

Au cinquième étage du même immeuble, au 20 West 57th Street, la galerie Lelong annonce la première exposition à New York des œuvres de Krzysztof Wodiczko. "Xenology : Immigrant Instru­ments 1992-1996" est une manifestation  multimédia dans laquelle Wodiczko présente deux "instruments", Alien Staff et Porte-Parole. Ils ont pour fonction de "donner du pouvoir à ceux qui ont sont privés", en attirant l’attention sur les difficultés que rencontrent les immigrants pour s’exprimer dans les lieux publics (jusqu’au 27 avril).

Avery inédit chez Emmerich
Jusqu’au 27 avril également, la galerie André Emmerich rend hommage à Milton Avery, peintre de l’avant-garde new-yorkaise des années vingt et trente. L’exposition se tient au 5e étage et regroupe une importante sélection des peintures, gouaches et dessins qu’il a éxécutés depuis le milieu des années trente jusqu’à sa mort, en 1965. Paysages du Canada, de Floride et du Mexique, portraits et natures mortes, la plupart sont montrés pour la première fois. À l’étage au-dessus, la galerie expose, du 4 avril au 5 mai, les grands dessins noir et blanc d’Al Held, où graphite et fusain se mêlent pour former un système complexe de formes architectoniques.

La galerie Jordan-Volpe consacre une importante exposition à l’artiste américain préraphaélite Henry Roderick Newman (1843-1917), avec une trentaine de ses meilleures aquarelles. Ces œuvres, dont certaines n’ont encore jamais été présentées aux États-Unis, ont été peintes lors du long séjour de l’artiste en Europe à la fin du siècle dernier, et prêtées par de nombreuses collections publiques et privées du monde entier. Un remarquable catalogue rédigé par le spécialiste de Newman, Royal W. Leith, accompagne l’exposition (du 26 avril au 7 juin).

ITALIE : UN LION D’OR À NAPLES

À Naples
La renaissance culturelle de la ville conjugue les expressions artistiques les plus contemporaines avec des expositions d’envergure internationale : Alfonso Ariaco, par exemple, accueille Gerhard Merz (qui représentera l’Allemagne à la prochaine Biennale de Venise) dans sa galerie de Pozzuoli, pendant tout le mois d’avril. L’espace de la galerie a été redessiné en fonction de l’intervention de l’artiste qui a déclaré : "Mes œuvres sont des fragments d’architecture. Je ne m’intéresse pas seulement à la superficie d’un cadre mais à tout l’espace environnant". Cette installation, d’un grand impact visuel, est conforme à la position radicale constructiviste de Merz.

Pendant tout le mois, Lia Rumma accueille de son côté trois œuvres récentes de l’Américain Gary Hill, Lion d’or de la sculpture à la Biennale de Venise 1995 : Leaning Curve (still point) (Courbe infléchie, point mort), de 1993 ; Clover (Trèfle) et Bind (Lien), de 1994.

À Milan
Du 2 avril au 4 mai, la galerie Diaframma consacre une exposition à Gisèle Freund. "Itinéraires" propose une vaste sélection de portraits et reportages de diverses époques, dont certains ont été montrés précédemment au Centre Georges Pompidou.

Photology organise jusqu’au 13 avril une exposition autour de l’œuvre d’Annie Leibowitz.

Jusqu’au 4 mai, Emi Fontana présente des installations, des photographies et des dessins de Robert Smithson. L’artiste américain, protagoniste du Land art, était absent de la scène italienne depuis plus d’un quart de siècle.

Les trois étages de la galerie Marconi sont occupés, jusqu’au 25 mai, par des œuvres récentes d’Emilio Tadini et des créations de Gastone Novelli, réalisées entre 1959 et 1965. Ciocca Raffaelli expose, du 2 avril au 1er juin, des œuvres récentes de James Brown.

La galerie Seno a réuni deux grands Variant de Josef Albers, exécutés dans les années cinquante, et huit Ommaggi al quadrato (Hommages au carré), qui seront exposés pendant tout le mois d’avril.

À Rome
Du 12 avril au 12 mai, l’Institut culturel autrichien de Rome propose un vaste Panorama de la création artistique autrichienne, dans le domaine des arts plastiques, auquel participent vingt-trois galeries romaines.

L’Attico, la galerie de Fabio Sargentini, poursuit son exposition sur le thème des "Martiri e santi" (Martyrs et saints) jusqu’au 30 avril : chaque soir, un artiste différent présente une de ses œuvres. Le "théâtre" de ces événements est un mur de 4,50 x 3,70 m. Les invités du mois d’avril sont Nagasawa, Pizzi Cannella, Salvo, Schifano, Boyden, Di Stasio…

Toute proche de l’Attico, la galerie Campo dei Fiori présente juqu’au 18 avril un bel ensemble de toiles d’Arturo Noci, peintre du début du siècle qui s’exila à New York, après ses premières expériences en Italie en compagnie de Balla et Boccioni, et devint le portraitiste de la riche bourgeoisie américaine.

Carlo Virgilio accueille la collection de dessins anciens de Gian Enzo Sperone. Ce célèbre galeriste actif à Rome, Milan et New York, qui a contribué à la reconnaissance de l’Arte povera à la fin des années soixante, expose des feuilles de Vasari, Tiepolo, Luca Cambiaso, Sassoferrato, Marco Ricci, Maratta et Hayez.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°24 du 1 avril 1996, avec le titre suivant : Un tour des galeries (II)

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