Musée des Beaux-Arts de Nancy (54)

Un monstre d’exposition

Par Anouchka Roggeman · L'ŒIL

Le 19 novembre 2009

Des visages de sorcières aux yeux exorbités, des dragons sanguinolents crachant du feu, des êtres hybrides dotés d’un œil unique… L’exposition « Beautés monstres » grouille de créatures horribles et terrifiantes.

En suivant un parcours thématique à travers plus de deux cents œuvres datées de la Renaissance à nos jours, le visiteur est entraîné dans un univers fascinant qui le mène au croisement de la fable, de la morale, de l’histoire, des sciences naturelles et de la médecine.
   
    Élément décoratif de prédilection dès la Renaissance, le « monstre » permet aux artistes de dépasser les règles classiques de vraisemblance et de symétrie en laissant libre court à leur imagination et à toutes les excentricités. Quelle que soit sa forme ou son origine, il revêt souvent une fonction symbolique et personnifie le vice. Il est l’élément contre lequel l’homme doit se battre pour purifier le monde et s’ériger en héros.
   
    Lorsqu’il ne terrifie pas, le monstre peut aussi prêter à rire, comme c’est le cas dans les caricatures où la déformation des visages et des corps permet de ridiculiser un personnage. Prenant pour cible la bourgeoisie et l’incompétence du gouvernement, le célèbre caricaturiste du XIXe siècle Honoré Daumier accentue les traits du roi Louis-Philippe pour en faire un être gras et fat qui ressemble à un rat (Honoré Daumier, Vieilles femmes au lit avec Louis-Philippe, 1835). Le monstre peut aussi susciter la curiosité et la fascination. Au gré des avancées technologiques dans le domaine de la science-fiction, de nouvelles créatures ne cessent de voir le jour, toutes plus irréelles et insolites, à l’image de celles que l’on retrouve dans les clichés de Brassaï (Chimère vue de Notre-Dame-de-Paris, 1933), où, pour la première fois, des dinosaures envahirent Paris.

    Enfin, l’exposition évoque la monstruosité humaine, celle qui fut exhibée dans les cours princières, puis dans les foires, et mise en scène dans la littérature ou au cinéma (Elephant Man, David Lynch, 1980), entraînant cette fois un sentiment de compassion de la part du spectateur. Plus globalement, l’exposition amène le visiteur à s’interroger sur les limites de la beauté et sur son rapport à la norme. Pour Orlan, qui fait de l’acte chirurgical une performance artistique, et qui n’hésite pas à déformer son visage et son corps, la beauté consiste à « se fabriquer, s’inventer, et à tordre la nature dans une alter-nature ». Vous avez dit monstrueux ?

« Beautés monstres », musée des Beaux-Arts, 3, place Stanislas, Nancy (54), www.nancy.fr, jusqu’au 25 janvier 2010.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°619 du 1 décembre 2009, avec le titre suivant : Un monstre d’exposition

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