Tout l’œuvre peint de Mark Rothko

Par Colin Cyvoct · L'ŒIL

Le 25 mars 2008

Figure majeure de l’école de New York, né en Russie en 1903, Mark Rothko arrive aux États-Unis à l’âge de dix ans. Sa famille s’installe à Portland (Maine), sur la côte Est. Élève brillant, Mark hésite entre une carrière d’ingénieur ou d’avocat mais quitte l’université de Yale au bout de deux ans. Il finit par trouver un emploi de comptable à New York.
La légende veut que le hasard ait présidé à sa vocation de peintre : « Un jour, je me rendis dans une école d’arts plastiques pour retrouver un ami (…). Tous les étudiants faisaient des croquis d’un modèle nu, j’ai aussitôt décidé que cette vie était faite pour moi. » Il décide donc de suivre des cours dans différentes écoles d’art puis, pour vivre, il enseigne le dessin et la peinture tout en réalisant durant une vingtaine d’années des œuvres figuratives : scènes urbaines, portraits, nus.
Mais l’artiste est inquiet. Encore peu connu, il cesse de peindre vers 1940 pour se consacrer à l’écriture. La découverte inopinée d’un manuscrit que l’on croyait perdu renouvelle le regard porté sur son œuvre. Publié en 2004 aux États-Unis, The Artist’s Reality. Philosophies on Art est une étonnante méditation sur les origines de l’art et la condition de l’artiste. Le peintre y évoque longuement la Renaissance italienne, cite par exemple quarante-deux fois Giotto, dix-sept fois Michel-Ange, trois fois Matisse et jamais Picasso.
Grand lecteur de Platon et de Nietzsche, Rothko note que l’art moderne s’élabore dans un monde où les mythes ont disparu. Et de conclure : « L’absence de mythe ne saurait pourtant priver l’homme du désir d’acte héroïque. »
Une évolution radicale de son travail s’amorce en 1947. La couleur se substitue au dessin. Deux ou trois grands rectangles monochromes réalisés avec une peinture à l’huile extrêmement fluide emplissent tout l’espace de la toile, véritable mur de lumière. Puis la palette s’assombrit à partir des années soixante. Nocturnes, sombres, opaques, les dernières toiles expriment l’angoisse d’un homme qui mettra fin à ses jours le 25 février 1970, achevant ainsi une des trajectoires les plus audacieuses de l’art moderne.
La rétrospective de Munich retrace l’ensemble du parcours de Mark Rothko depuis ses débuts figuratifs jusqu’aux peintures sombres, en passant par les puissants accords lumineux.

« Mark Rothko », Kunsthalle Munich (Allemagne), www.hypo-kunsthalle.de, jusqu’au 27 avril 2008.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°601 du 1 avril 2008, avec le titre suivant : Tout l’œuvre peint de Mark Rothko

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