Samedi 5 décembre 2020

Ajaccio (20)

Tout est naturel, rien n’est naturel

Palais Fesch, Musée des beaux-arts - Jusqu’au 30 avril 2018

Par Colin Cyvoct · L'ŒIL

Le 26 mars 2018 - 361 mots

Confronter dans les mêmes espaces muséaux l’art ancien et l’art contemporain peut être un artifice « casse gueule », tant les attentes et les lectures traditionnelles des œuvres des siècles passés sont radicalement dissemblables et souvent contradictoires avec celles du temps présent.

Pari réussi au Palais Fesch : Anne Alessandri, directrice du Frac Corsica, et Philippe Costamagna, conservateur des musées de la Ville d’Ajaccio, sont parvenus à mettre en résonnance heureuse des œuvres du XIVe au XIXe siècle conservées au Palais Fesch avec des pièces choisies parmi les cinq cent trois œuvres de la collection du Frac Corsica autour d’un thème attractif et toujours d’actualité : la nature. L’un des espaces les plus convaincants réunit trois photographies du XXIe siècle, une sculpture du XXe et un tableau du XVIIe. La photographie Singing/March15 de Eija-Liisa Ahtila, née en 1959 en Finlande, où l’on voit une jeune femme seule agenouillée au bord d’une route enneigée en pleine forêt, côtoie Salt Crystal Ball, une photo montrant une concrétion de cristaux de sel ayant adhéré à une balle déposée sur le Grand Lac Salé de l’Utah par la plasticienne Tacita Dean, née en 1965 en Grande-Bretagne. Sur la troisième photographie, la main de la performeuse et plasticienne Otobong Nkanga, née en 1974 au Nigeria, porte la maquette d’une petite île hérissée de palmiers. Sur un socle, une sculpture de Claudio Parmiggiani, né en 1943 en Italie, met en scène un voilier fiché dans une masse noire. « Le » Nicolas Poussin du Palais Fesch, Midas à la source du fleuve Pactole, une discrète peinture qui mériterait d’être restaurée, fait écho aux œuvres contemporaines : la nature y apparaît également comme une construction mentale bien peu « naturelle ». Tout comme l’imposante maquette d’île réalisée par Pauline Fondevila, née en 1972 en France, et peuplée de quarante-cinq petits personnages en plastique, d’un avion écrasé au sol, de navires échoués… œuvre longuement regardée par Emmanuel Macron lors de sa récente venue à Ajaccio. Également remarquables, une vidéo de Marcos Avila Forero, l’installation de Richard Long et quatre œuvres d’un artiste encore jamais exposé en Corse : Pablo Picasso.
 

« Naturel pas naturel »,
Palais Fesch, Musée des beaux-arts, 50, rue Fesch, Ajaccio (20), www.musee-fesch.com

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°711 du 1 avril 2018, avec le titre suivant : Tout est naturel, rien n’est naturel

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