Lundi 10 décembre 2018

Teniers, peintre raisonné

Par Manou Farine · L'ŒIL

Le 1 novembre 2006 - 322 mots

L’entreprise est alors aussi sérieuse qu’ambitieuse. En 1660, David Teniers (1610-1690) publie le premier catalogue illustré à l’eau-forte, représentant 243 des chefs-d’œuvre italiens issus de la collection dont l’archiduc Léopold-Guillaume, gouverneur des Pays-Bas espagnols, lui avait donné la charge. Ce sera le Theatrum Pictorium. Le recensement partiel d’une telle collection, riche de 1 300 œuvres, nourrie de maîtres néerlandais et italiens, fut décisif. Il connut une fortune sans précédent et ouvrit largement la voie aux expériences futures de catalogue raisonné.
La rétrospective savante du Courtauld Institute se penche sur cette collecte exceptionnelle, engagée alors que le peintre flamand s’est fixé à Bruxelles comme peintre de cour. David Teniers, qui s’éloigne des scènes rustiques, commence par représenter les salles de la galerie. Il peint même son protecteur en 1651 au milieu de la galerie de peintures.  La composition raffinée installe le mécène et sa suite dans un décor saturé de toiles, mais placées dans des dispositions périlleuses. Conformes aux peintures de la collection, on reconnaît même Les Trois Philosophes de Giorgione, un Véronèse, un Titien et au premier plan un Raphaël.
Ressources historiques et documents précieux, les petites copies (17 sur 25 cm) exécutées à l’huile pour préparer la folle entreprise ont été parfois commentées comme les lointaines prémices de la reproduction mécanisée. Elles sont encore autant de manières pour le peintre de dialoguer avec ceux qui avaient nourri son propre cheminement d’artiste en ce siècle d’or de la peinture flamande.
Teniers s’était essayé à tous les genres picturaux d’alors. Très productif, imitant et renouvelant ces genres avec la plus grande finesse, l’Anversois avait déjà exécuté des copies de toiles du peintre des buveurs et de paysans Adriaen Brouwer (1605-1638) avant d’attendrir sa palette et d’opter pour de claires compositions pastorales. Avant de destiner ses pinceaux à cette saisissante anticipation du catalogue moderne.

« David Teniers », Courtauld Institute of Art, Somerset House, Strand, Londres, tél. 44 207 848 2687, jusqu’au 21 janvier 2007.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°585 du 1 novembre 2006, avec le titre suivant : Teniers, peintre raisonné

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