Lundi 17 décembre 2018

Swiss attitude

Par Manou Farine · L'ŒIL

Le 6 août 2007 - 350 mots

L’exposition imaginée par Michel Ritter vient conclure un programme qui se proposait de mettre en regard plusieurs générations autour d’un même propos ou d’une même pratique. L’ultime chapitre établit un parcours sophistiqué, raide et radical autour de la peinture abstraite suisse, d’obédience géométrique. Trois ou quatre générations s’observent, se suivent et composent une boucle, une contraction saisissante du temps historique.
Plans, couleurs, formes géométriques… Tous semblent en effet jouer une même partie : Richard Paul Lohse et Verena Loewensberg à la source concrète, Christophe Gossweiler ou Olivier Mosset, déjà
en prises historiques avec les premiers, et Decrauzat, Dafflon ou Baudevin, dont la grammaire formelle reprend la rigueur infaillible des aînés. L’exposition nous dit bien cela, cette équivalence des manières, cette sévère continuité de la syntaxe abstraite. Tant qu’il est d’ailleurs parfois difficile d’y débrouiller le jeu des filiations.
Mais cet aller-retour ne se contente pas d’une seule démonstration. En plus de clarifier succinctement le terrain de l’abstraction picturale en Suisse, la trajectoire historique de l’exposition semble se dérouler à rebours. La belle visibilité actuelle d’un Dafflon ou d’un Decrauzat, dont les dettes envers l’Art concret suisse sont parfaitement assumées, ranime la source du programme né à Zürich dans les années 1930. C’est bien à la jeune génération qu’il revient de nous ramener aux lumineuses et limpides compositions géométriques et littéralement abstraites de Richard Paul Lohse.
Pourtant, au-delà des équivalences visuelles, l’exposition révèle bien quelques spécificités programmatiques et culturelles des uns et des autres. Mais de l’organisation rigoureuse et mathématique des premiers, aux emprunts impurs faits à la culture populaire des derniers, l’abstraction aura connu un tournant majeur, celui qui aura fait d’elle une image et un objet déjà analysé. Quelle qu’elle soit, où qu’elle soit située dans l’histoire, ça n’est plus une peinture abstraite que l’on regarde aujourd’hui, mais bien une image de peinture abstraite. Et c’est ce que nous rappelle une telle exposition en jouant la carte de la décontextualisation historique. Et de fort belle manière.

« Peintures aller/retour », Centre culturel suisse, 32 et 38 rue des Francs-Bourgeois, Paris IIIe, tél. 01 42 71 44 50, jusqu’au 11 mars.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°588 du 1 février 2007, avec le titre suivant : Swiss attitude

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