Dimanche 19 janvier 2020

Photographie

Magnum et la crise du photojournalisme

Par Christine Coste · Le Journal des Arts

Le 24 mai 2017 - 480 mots

PARIS

Face à la maigre demande de reportages photos, les photographes diversifient leur production et leurs moyens d’existence.

Magnum concentre certains des plus grands noms du photojournalisme et du documentaire de l’histoire du XXe et du début du XXIe siècle. Aussi célèbres soient ses auteurs, ils n’en ont pas moins été affectés, eux aussi, par la place désormais congrue réservée aux reportages et aux documentaires dans la presse. La possibilité donnée à chacun (média, institution, entreprise, etc.) d’obtenir des photographies à moindre coût ou libres de droit, a aussi considérablement contribué à faire chuter les prix et, par conséquent, les revenus des photographes. « Les revenus issus de mes archives sont passés de 70 % en 1985 à 30 % », estime le journaliste Patrick Zachmann.

De nouvelles agences regroupant d’autres talents ont par ailleurs vu le jour durant ces quinze dernières années. La concurrence s’est donc faite plus rude sur le marché. Au sein même de Magnum, des photographes– et non des moindres –, ont également quitté Magnum soit pour créer leur propre studio (Sebastião Salgado en 1992), rejoindre une autre agence (Don McCullin rejoint Contact) ou pour fonder leur propre structure comme James Nachtwey, cofondateur du collectif VII, voire poursuivre leur chemin seul via le soutien de galeries à l’instar de Luc Delahaye (représentée par la galerie Obadia) ou plus récemment de Lise Sarfati (représentée en Amérique par Rose Gallery et en France par La Galerie Particulière). N’en sont pas moins nombreux les photographes à se porter candidat pour rejoindre le célèbre collectif, majoritairement des hommes, à plus de 80 %, bien que la proportion de femmes photographes au sein de Magnum se soit accrue ces dix dernières années (12 sur les 92 que compte l’agence depuis sa création).

Chez Magnum, personne ne l’ignore, sans la photographie « corporate » l’agence n’aurait pas survécu. Elle a compensé la chute des revenus des commandes de la presse contrebalancée aussi par la recrudescence d’expositions : une cinquantaine par an en France et en Europe. « Avec le livre, les expositions sont aujourd’hui le seul moyen de faire la promotion des photographes », souligne Andréa Holzherr, directrice du département depuis 2003. Au top cinq des plus exposés : Henri Cartier-Bresson, puis Elliott Erwitt, Martin Parr ex aequo avec Steve McCurry, Josef Koudelka.

La vente de tirages, en particulier vintages, relancée avec l’embauche de Simone Klein et la réouverture d’une galerie au sein du bureau de Paris qu’elle dirige, s’inscrit dans le développement des ventes en parallèle de tirages photos de petites dimensions à 100 dollars (91 euros) via Instagram. Les deux dernières ont rapporté chacune 800 000 dollars (727 440 euros).

Engagée depuis 2007, la création d’une fondation en France pour préserver les fonds des photographes demeure toutefois en suspend, faute d’avoir pu trouver les partenaires ou mécènes nécessaires à sa création. À la différence de la Magnum Foundation Home créée à New York au même moment par Susan Meiselas, depuis devenue une protagoniste importante dans le soutien apporté aux jeunes photojournalistes via des bourses.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°480 du 26 mai 2017, avec le titre suivant : Magnum et la crise du photojournalisme

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