Samedi 15 décembre 2018

Rouen et la ruée vers l’art

Par Bénédicte Ramade · L'ŒIL

Le 2 novembre 2007 - 392 mots

Le western n’est pas qu’un genre cinématographique, il est aussi un art dont les toiles et les bronzes s’exposent au musée des Beaux-Arts de Rouen, décrivant une autre mythologie de l’Ouest américain.

L’exposition est un petit événement en France : imaginez, depuis vingt-cinq ans, aucune manifestation ne s’était penchée sur le cas du « western art » ! Cet été, le musée d’Art américain de Giverny a bien consacré une exposition de photographies de ces territoires si nouveaux, collectionnées par les Français, mais le point de vue était plus paysager qu’historien.

Quand l'art américain choisit les cow-boys et les Indiens
Sept années de préparation auront été nécessaires pour apprivoiser le sujet largement méconnu, voire mésestimé en Europe, et sillonner les États-Unis de Denver à Tulsa, à l’aide du programme FRAME (French Regional and American Museum Exchange – association de vingt-quatre musées américains et français), afin de présenter cette vision d’une mythologie de l’Ouest américain.
De Rouen à Marseille, avec une étape à Rennes, l’exposition postule une lecture critique et historienne de l’art américain de 1830 à 1940. Une cinquantaine de pièces dûment choisies resserrent le sujet sur ce mythe national devenu universel, peuplé d’Indiens et de cow-boys, tout cela à travers le prisme de la qualité artistique, de l’intérêt esthétique.
D’où une exposition parfois un peu sèche, un parcours judicieusement découpé en cinq chapitres au sein desquels il arrive de manquer d’informations. Parce que le conservateur Laurent Salomé a souhaité comprendre et analyser au plus juste la peinture et la sculpture dévolues à l’édification du mythe du Far West, la présence de documentation, de photographies et même de scènes de bataille a été volontairement écartée.
L’enthousiasmante visite est parfois handicapée par l’absence de ces clefs qui aideraient à contextualiser correctement certaines toiles. Si le catalogue y pourvoit largement, il conviendra certainement de compléter un peu ses connaissances en matière d’histoire de cette civilisation afin d’éviter les clichés.
On peut être surpris du découpage chronologique abordant les années 1940. Il est défendu avec intelligence, décrivant bien comment le visage de l’Ouest passe en un siècle de la découverte naïve à l’épopée, jusqu’à la nostalgie, à mesure que les populations indiennes sont décimées. La visite offre une relecture stimulante de cet art méconnu et évite l’écueil d’une comparaison systématique à la situation artistique européenne de l’époque plus progressiste. En ce temps-là, cet art lointain avait bien d’autres choses à prouver.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°596 du 1 novembre 2007, avec le titre suivant : Rouen et la ruée vers l’art

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