Mercredi 14 novembre 2018

Robert Filliou, l’art mieux que la vie

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 1 septembre 2003 - 341 mots

Au printemps 1985, la décision prise par Filliou d’entrer en retraite avec sa femme Marianne pour trois ans, trois mois et trois jours au centre d’études tibétaines de Canteloube, en Dordogne, était-elle ou non prémonitoire chez lui d’une mise à distance définitive du monde ? On ne le saura jamais. Le fait est que Robert Filliou, né en 1928, est mort en décembre 1987 sans avoir pu accomplir jusqu’au bout son projet. Figure majeure de l’art contemporain des années 1960-1980, notamment au sein du groupe Fluxus, Filliou connaît une fortune critique sans égal. Il n’est pas dit d’ailleurs, à mesurer comment les générations qui lui succèdent s’en réclament, qu’il n’occupe une place équivalente à celle d’un Duchamp. Les concepts de Création permanente, de Réseau éternel et de Fête permanente qui fondent sa démarche, sa tentative de redéfinition de l’art et de soulèvement à la vie que manifeste son œuvre et cette façon d’affirmer que « c’est l’esprit dans lequel l’artiste travaille qui compte, plus que les matériaux qu’il utilise » en font la figure tutélaire d’une conception pleinement contemporaine du génie créateur. Polymorphe, l’œuvre de Robert Filliou est faite d’écrits, de projets, de performances, d’objets, d’installations, de vidéos, bref de toutes sortes de créations visant à faire voir que « l’art, c’est ce qui rend la vie plus intéressante que la vie ». Ses œuvres se présentent souvent comme de véritables rébus dont les jeux d’association et d’assemblage doivent à une vision idéale, voire utopique car Robert Filliou instruit une forme de création conciliante entre des mondes que l’histoire et la société séparent : l’enfant et l’adulte, l’artiste et l’autre, la science et l’art, l’économique et le poétique, l’art et la vie, etc. Avec quelque cent-quatre-vingts œuvres, l’exposition rétrospective de Düsseldorf est l’occasion d’en prendre la mesure, notamment au regard des nombreux échanges que l’artiste a entretenus avec des artistes comme Beuys, Broodthaers, Roth ou Spoerri.

« Robert Filliou – Genius without Talent », DÜSSELDORF (Allemagne), museum kunst palast, Ehrenhof 4-5, tél. 00 49 211 89 96 211, 26 juillet-9 novembre.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°550 du 1 septembre 2003, avec le titre suivant : Robert Filliou, l’art mieux que la vie

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