Mercredi 19 décembre 2018

Retiens la nuit

Rêves et sommeil

Par Bénédicte Ramade · L'ŒIL

Le 1 mars 2006 - 411 mots

Le CAPC de Bordeaux se plonge avec délectation dans les troubles du sommeil, le monde des rêves et des cauchemars qui agitent depuis des siècles l’imaginaire des artistes.

À Bordeaux, les nuits n’avaient   pas jusqu’à présent une réputation particulière mais cela pourrait bien changer avec le CAPC qui se réveille en programmant une exposition thématique sur l’acte de dormir et de rêver. Un sujet bien élastique et vaste qui est abordé ici avec une subjectivité pleinement assumée, un rejet de l’exhaustif et un désir poétique.
Après s’être interrogée sur les ordres et désordres de la nourriture dans la création contemporaine, l’équipe du musée s’attaque donc à cet autre besoin vital qu’est le sommeil. En être privé constitue une torture qui conduit de la folie à une mort certaine, et trop dormir, dans le cadre d’une pathologie aiguë, exclut le malade du champ social.

La chambre, lieu d’étude
Le sommeil est décidément un délicat équilibre fait d’antagonismes : l’endormissement effraie autant qu’il comble et le rêve affronte le cauchemar dans le sommeil paradoxal. Un sacré potentiel dont les artistes du xxe siècle ont exploré les mécanismes alors que la psychanalyse faisait du rêve son outil de prédilection. Du motif à l’action, le rêve, ce compagnon du sommeil, occupe aussi une belle place dans les pratiques contemporaines.
Le lieu de prédilection de cette activité nocturne est la chambre et plus précisément le lit, que certains artistes ont repensé, remodelé comme Sébastien Rinkel qui greffe une alcôve sur l’architecture du CAPC. Mais le sommeil des plus démunis est parfois tristement exposé à la vue de tous, offrant une intimité nue et primitive comme le révèle à travers des dizaines de photographies, Francis Alys. Un attrait pour l’image du dormeur que l’on retrouve dans nombre de travaux retenus pour cette exposition.
 
Des pratiques du sommeil
L’abandon cognitif fascine par les effets physiques qu’il dévoile, allant de la plénitude à l’angoisse. La paupière close renvoie à un regard renversé sur l’inconscient, pour une autre lucidité fascinante. Et les artistes s’abandonnent à leur tour à l’étude des comportements, enregistrent, photographient, notent, dissèquent les phases de sommeil. Ils reconstituent des rêves, analysent des automatismes. Ils flirtent aussi avec la mort, ce grand sommeil tapi dans chaque nuit.
Et malgré les progrès de la science, la mécanique des rêves et la course du sommeil restent auréolées de mystère, nourries par un imaginaire prolixe. L’exposition offre une approche intimiste qui sied à merveille à ce sujet passionnant, reste à programmer des nocturnes.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°578 du 1 mars 2006, avec le titre suivant : Retiens la nuit

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