Architecture

Prolifique Androuet du Cerceau

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 2 mars 2010 - 622 mots

Une rare exposition à la Cité de l’architecture et du patrimoine, à Paris, offre l’occasion de se plonger dans la riche création graphique de l’architecte de la Renaissance

PARIS - Il aura finalement fallu attendre six années pour que la première grande exposition consacrée à l’auteur des Plus excellents bâtiments de France, Jacques Ier Androuet du Cerceau (1520-1586) – prévue en 2004 puis comme événement inaugural de la Cité de l’architecture et du patrimoine en 2007 – puisse enfin avoir lieu. L’attente aura toutefois été bénéfique, puisque la manifestation est aujourd’hui accompagnée de plusieurs publications dont une première monographie (la dernière remontait à 1887) sur celui que les commissaires de l’exposition qualifient d’« illustre inconnu » mais aussi d’« inventeur de l’architecture à la française ». C’est là faire peu de cas du travail de ses contemporains, Pierre Lescot et Philibert Delorme. Qui était donc Jacques Ier Androuet du Cerceau ?

Sur ce point, le collectif de chercheurs, soutenus par le Getty Research Institute (Los Angeles), qui a travaillé pendant huit ans sur le sujet, n’est pas parvenu à lever toutes les zones d’ombre. « Les archives du XVIe siècle sont très lacunaires, explique Monique Chatenet, conservatrice en chef du patrimoine. Nous travaillons à partir de confettis. » Fils d’un marchand de vin, Androuet du Cerceau évolue dans le milieu de Fontainebleau où il apprend vraisemblablement l’art de la gravure. Vers 1545, il livre le premier d’une longue série de recueils consacrés à des modèles antiques. Suivront des vues d’optique, des modèles d’ornements ou encore des modèles de maisons à bâtir : quelque 1 700 estampes et 1 200 dessins ont été recensés.

Une époque mystérieuse
Destinée à un large public, l’exposition exploite les ressources des moulages du Musée des monuments français pour accompagner les nombreux documents graphiques présentés. De judicieux dispositifs interactifs permettent surtout au visiteur d’explorer par le menu les étonnants carnets de croquis et autres recueils du prolifique dessinateur. Mais le clou de l’exposition est la sélection de cinq dessins sur vélin des Plus excellents bâtiments de France prêtés par le British Museum, à Londres, qui en détient la série complète, soit 116 feuilles.

Dès les années 1560, Androuet entreprend de constituer une véritable anthologie de l’architecture française de la Renaissance, fixant l’image de nombreuses résidences aujourd’hui disparues. C’est la vente de ces grands dessins, fourmillant de détails, à sa protectrice Renée de France qui lui permettra de financer l’édition de l’ouvrage qui deviendra une référence pour de longs siècles. L’exposition n’apporte toutefois pas de réponse explicite à la question de savoir si Jacques Ier, premier d’une grande lignée d’architecte, a construit ou non des édifices. Dans un texte de la monographie, Claude Mignot, professeur à la Sorbonne, se risque « avec imprudence », selon ses propres termes, à lui attribuer cinq bâtiments. Mais le dossier reste ouvert. « Nous tournons en rond sur ce sujet, précise Monique Chatenet. Car il n’existe pas d’archives. Cette époque restera encore mystérieuse pendant très longtemps. »

ANDROUET DU CERCEAU
Commissaires : Catherine Arminjon, conservatrice générale du patrimoine ; Hervé Lemoine, ancien directeur du Musée des monuments français
Scénographie : Frédéric Beauclair

ANDROUET DU CERCEAU (1520-1586), L’INVENTEUR DE L’ARCHITECTURE À LA FRANÇAISE ?, jusqu’au 9 mai, Cité de l’architecture et du patrimoine, 1, place du Trocadéro, 75016 Paris, www.citechaillot.fr, tlj 11h-19h, jeudi 11h-21h. Publications : collectif sous la direction de Jean Guillaume, Androuet du Cerceau, « un des plus grands architectes qui se soient jamais trouvés en France », coéd. Picard et Cité de l’architecture et du patrimoine, 400 p., 350 ill., 65 euros, ISBN 978-2-7084-0869-2 ; Françoise Boudon et Claude Mignot, Jacques Androuet du Cerceau, dessins des Plus excellents bâtiments de France, coéd. Picard, Le Passage et Cité de l’architecture et du patrimoine, 256 p., 250 ill., 49 euros, ISBN 978-2-8474-2150-7

Le portefeuille de Lyon

C’est à l’occasion de la préparation d’une exposition et d’un colloque consacrés à l’architecte Sebastiano Serlio, en 1998, que Sylvie Deswarte-Rosa, directrice de recherche au CNRS, s’est penchée sur un portefeuille de 220 dessins conservés à la bibliothèque municipale de Lyon. Après étude, le spécialiste des dessins d’Androuet du Cerceau, David Thomson – aujourd’hui disparu –, a confirmé leur provenance. « Il s’agit d’une épave de l’atelier de Jacques Ier du Cerceau, explique Sylvie Deswarte-Rosa. Certains dessins sont uniques et n’ont jamais été reproduits. » L’ensemble, qui comprend aussi des dessins de ses fils et collaborateurs, proviendrait donc du fonds d’atelier d’Androuet. Parmi ces feuilles, dont une dizaine est présentée à l’exposition, figure notamment un très étonnant projet de villa à l’italienne pour Catherine de Médicis, attribué aujourd’hui à Étienne Dupérac. L’ensemble vient de faire l’objet d’une édition en fac-similé qui permettra aux chercheurs de poursuivre leur travail sur ce prestigieux ensemble.

Sylvie Deswarte-Rosa et Daniel Régnier-Roux, Le Recueil de Lyon. Jacques Ier Androuet du Cerceau et son entourage. Dessins d’architecture des XVIe et XVIIe siècles de la bibliothèque de Camille de Neuville de Villeroy. Bibliothèque municipale de Lyon Ms 6246, éd. Presses universitaires de Saint-Étienne, 2010, 350 p., reproduction en couleurs des 220 dessins, 50 euros, ISBN 978-2-8627-2538-3

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°320 du 5 mars 2010, avec le titre suivant : Prolifique Androuet du Cerceau

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