Prémices du Maniérisme

L’art de la \"maniera\"aux Offices

Le Journal des Arts

Le 1 octobre 1996

À Florence, une imposante exposition consacrée à l’art florentin des trente premières années du Cinquecento rassemble environ deux cents œuvres, prêtées par les plus grands musées du monde, dans les salles récemment restaurées du Musée des Offices. \"L’atelier de la manie­ra\" accorde une large place à Jacopo Pontor­mo et Rosso Fioren­tinio, tout en élargissant son propos à leurs contem­porains et à l’émergence du Maniérisme.

FLORENCE. Les dégâts occasionnés par l’attentat commandité par la mafia en 1993 sont à l’origine du retard de l’exposition "L’atelier de la maniera", originellement programmée pour commémorer le quatrième centenaire de la naissance de Pontormo et Rosso, tous deux nés en 1494. Ce délai a entraîné une modification du titre – devenu "L’atelier de la maniera. Varietà et fierezza dans l’art florentin du Cinquecento entre les deux Républiques (1494-1530)" – sans toutefois trahir l’intention première. Le propos de l’exposition est toujours de recréer le contexte historique, artistique et culturel au sein duquel se sont formés Pontormo et Rosso qui, mis à part le fait d’être nés la même année et celui d’avoir fréquenté l’atelier d’Andrea del Sarto à l’Annunziata, ont peu de choses en commun. Bien que sédentaire, Pontormo fut sensible aux influences des Écoles du Nord, alors que Rosso, digne représentant de la grande tradition florentine, fut un artiste nomade qui s’illustra notamment au château de Fontainebleau (Galerie François Ier). "De tempérament et de sensibilité artistique opposés", comme l’écrit Antonio Natali, coordonnateur et commissaire principal de l’exposition, il eut été artificiel de chercher à les rapprocher. D’autant que le transfert de leurs grands retables posait des problèmes de logistique quasi insurmontables.

Les Vies de Vasari
En conséquence, à côté des seuls Pontormo et Rosso, est célébrée toute une génération d’artistes issue de l’époque mouvementée de la première République (1494-1502), riche en ferments intellectuels et politiques. En tirant profit de l’expérience de maîtres consacrés tels que Léonard de Vinci, Michel-Ange et Raphaël, et d’exceptionnelles commandes publiques et privées, ces jeunes créateurs ont apporté un sang neuf à la culture figurative florentine. Ainsi peut-on comprendre l’emprunt de varietà et fierezza à Giorgio Vasari, termes utilisés par l’historiographe des peintres pour qualifier leur production, rattachée à la maniera moderna.

Parmi les deux cents tableaux, sculptures, dessins, gravures et pièces d’orfèvrerie exposés aux Offices, nombre d’entre eux sont signés par Léonard de Vinci, Giorgione, Fra Bartolomeo, Raphaël, Andrea del Sarto, Corrège, Polidoro et Maturino, Rosso, Sebastiano del Piombo, Giulio Romano, Perino del Vaga, et par le "divin" Michel-Ange, pour reprendre l’ordre et le choix de Vasari exprimés dans son célèbre ouvrage Le Vite de’ più eccelenti pittori, scultori e architettori italiani. Prêtées par de grandes collections publiques et privées italiennes et étrangères, dont la National Gallery de Washington, le Getty, le British Museum, le Musée des beaux-arts de Budapest, l’Ermitage et le Louvre, ces chefs-d’œuvre sont présentés dans 16 salles, découpées en 7 sections.

Cent trente dessins de Pontormo
La première est subdivisée en trois salles, respectivement intitulées "Savonarole et l’art", avec des œuvres de Fra Bartolomeo, Albertinelli et Pérugin ; "L’époque de Soderini", où sont exposées des études de Léonard de Vinci pour la bataille d’Anghiari et d’autres de Michel-Ange pour la bataille de Cascina, ainsi que des copies de ces dernières ; enfin, "L’Antique et les modernes", avec l’Alexandre mourant et le Tondo Doni conservés aux Offices. La seconde réunit les peintres du cloître de la Scuola dell’Anunziata. Le titre de la troisième, "L’âge d’or", fait allusion à Léon X, qui passa notamment de grandes commandes à Andrea del Sarto et Pontormo. "Sculpteurs sur bois et peintres" présente quelques tableaux d’autel aux cadres réalisés par Baccio d’Agnolo, ainsi que les peintures et le mobilier de la Camera Borgherini. La cinquième section consacre deux salles à la "Culture ultramontaine : Pontormo et les autres", parmi lesquels Dürer. "Rosso Fiorentino : les étrangers et les excentriques" comprend dix œuvres de Berruguete, et la septième section, "L’ultime Répu­blique", montre la production d’artistes tels que Bronzino et Pontormo après le rétablissement des Médicis. En parallèle, cent trente dessins de Pontormo sont exposés au Cabinet d’arts graphiques des Offices.

L’ATELIER DE LA "MANIERA" (1494-1530), jusqu’au 6 janvier, Musée des Offices, Florence, tlj sauf lundi 9h-19h, dimanche 9h-14h, tél. 55-23 88 651. Catalogue sous la direction d’Antonio Natali, éditions Marsilio, vidéo et CD-Rom.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°29 du 1 octobre 1996, avec le titre suivant : Prémices du Maniérisme

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