Mercredi 12 décembre 2018

Poussin, la nature pour idéal du peintre (part II)

Par Anouchka Roggeman · L'ŒIL

Le 26 février 2008 - 645 mots

1 -  Boaz et Ruth
Une scène tirée de la Bible
La rencontre de Ruth et de Boaz décrit un des thèmes de l’Église primitive et symbolise la rencontre de l’Église avec Jésus. Poussin mêle un épisode de l’Ancien Testament, tiré du livre de Ruth, à une scène de vie très quotidienne. Après la mort de son époux, Ruth se rendit à Bethléem. Elle s’arrêta alors dans un champ pour y glaner des épis. Là, elle rencontra le propriétaire du lieu, un homme riche et puissant dénommé Boaz, qui se trouvait être un ami de son défunt époux. « Écoute, ma fille, ne va pas glaner dans un autre champ ; ne t’éloigne pas d’ici, et reste avec mes servantes. (...) Et quand tu auras soif, tu iras aux vases, et tu boiras de ce que les serviteurs auront puisé. »
Placé au centre du tableau, devant un mur de scène constitué par le champ de blé, vêtu d’une tunique de maître couleur or, le puissant Boaz ordonne d’une main à son serviteur de laisser la jeune femme glaner et, de l’autre main, accorde l’hospitalité à Ruth. Celle-ci, « tomba sur sa face et se prosterna contre terre, et elle lui dit : “Comment ai-je trouvé grâce à tes yeux, pour que tu t'intéresses à moi, qui suis une étrangère ?” ».

2 - Les nuages
Un arrière-plan bucolique
L’arrière-plan de L’été, identique dans de nombreux tableaux de Poussin, constitue un décor idéal. La même construction rigoureuse et parfaitement ordonnée structure de nombreuses toiles du peintre. L’action du premier plan y est encadrée par deux solides points d’appui, qui sont généralement, comme ici, les deux arbres à gauche et à droite du tableau. En arrière-plan, on trouve souvent une montagne et des nuages, ces derniers ondulant vers la partie supérieure du tableau.
En plus de donner à la scène une dimension spirituelle et poétique, ces deux éléments naturels constituent le principal point de fuite du tableau. Caché par les nuages, le soleil apparaît cependant en transparence. Sa chaleur est perceptible à travers la couleur dorée des blés et la luminosité pâle dans laquelle la scène est baignée.

3 - Le serviteur
Référence aux héros antiques
Vivant à Rome au temps des grandes découvertes antiques, Nicolas Poussin puisa son inspiration dans les sujets mythologiques. Archétype du paysage classique, ce tableau comporte plusieurs références à l’Antiquité.
C’est notamment le cas du serviteur auquel s’adresse Boaz (au centre), qui fait un signe de révérence, la main posée au niveau du cœur. Sa toge blanche retenue par une corde, sa chevelure ondulée, ses muscles saillants, son épaule dénudée ainsi que la lance sur laquelle il s’appuie rappellent les héros antiques. Derrière lui, la borne de pierre, ancienne et érodée, ressemble à une borne kilométrique antique.
Au second plan, l’attelage de chevaux au mouvement parfaitement coordonné, ainsi qu’un autre serviteur en toge qui fait voler son fouet, est un emprunt au bas-relief de l’arc de triomphe romain de Titus. Dans la version originale, Titus est représenté se tenant dans un quadrige conduit par la déesse Rome. Le rideau de blé horizontal qui sépare les deux premiers plans permet une composition en largeur, comme les frises de l’époque.

4 - L’homme...
En harmonie avec la nature
En plein travail sans paraître contraints, les serviteurs dans la scène semblent appartenir à un monde idéal. L’un joue d’un instrument, l’autre boit dans une gourde, un autre coupe des épis de blé, deux autres préparent le déjeuner... Tous les protagonistes sont situés dans la partie inférieure du tableau. La simplicité de leurs gestes et la douceur de la luminosité contribuent à rendre la scène bucolique.
Séparées du reste des personnages, en coulisses, deux femmes préparent le repas de midi et apportent des pains. Référence biblique, les pains symbolisent aussi la fertilité de la terre et son renouvellement. Tous les personnages signalent leur adéquation avec la nature, en parfaite harmonie avec ce cadre si majestueux.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°600 du 1 mars 2008, avec le titre suivant : Poussin, la nature pour idéal du peintre (part II)

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