Nancy (54)

Pop en stock

Galerie Poirel - Jusqu’au 30 mars 2020

Par Stéphanie Lemoine · L'ŒIL

Le 17 décembre 2019 - 357 mots

Quand on évoque les liens entre art urbain et musique, on songe immédiatement à l’association du graffiti et du rap, tenus pour deux piliers essentiels de la culture hip-hop.

La première ambition de l’exposition « Fire on Fire » à la Galerie Poirel, à Nancy, est précisément de déborder cette idée reçue et de montrer l’ampleur des échanges entre les arts visuels déployés dans l’espace public et les courants musicaux les plus divers, du punk rock à la new wave. Pour Christian Omodeo et Susana Gallego-Cuesta, les deux commissaires de l’exposition, aborder cette relation tient, selon les termes du premier, du « parti pris instinctif » : « J’étais gêné de voir des expositions silencieuses, alors que la pratique quotidienne de l’art urbain se fait en musique, explique-t-il. De plus, cette pratique engage des créateurs qui appliquent leur talent dans des conditions et des champs artistiques différents. » Déployée sur deux étages selon un parcours globalement chronologique, l’exposition montre ainsi combien la musique innerve les productions visuelles des artistes urbains : le jazz, le rap, l’électro ou le punk rock ne s’affirment pas seulement comme un thème visuel, mais déterminent aussi l’esthétique des œuvres de Daze, A-One, Rammellzee, Futura ou Poch. En mêlant multiples, productions de masse et œuvres originales, « Fire on Fire » souligne aussi la manière dont l’art urbain défait le clivage entre culture « savante » et populaire, entre mainstream et underground : modelé sur les industries culturelles qui en constituent l’une des sources, l’art urbain circule bien au-delà des milieux institués grâce à la musique, et s’infiltre dans la vie quotidienne via des pochettes de disques, des clips vidéos, des flyers ou des affiches de concert, réelles ou fictives. À ce titre, l’exposition esquisse aussi des pistes fertiles pour aborder ce champ esthétique hors de son contexte originel de production : la ville. La place que « Fire on Fire » accorde aux archives, à la photographie et aux vidéos, suggère que les œuvres d’atelier ne sont pas, loin s’en faut, les seules capables de rendre compte des démarches exercées hors de tout cadre institutionnel. Pour les aborder, il faut au contraire en exhumer la petite musique propre, ce que l’exposition réussit plutôt bien.

« Fire on Fire. Art Music Street Club Studio »,
Galerie Poirel, 3, rue Victor-Poirel, Nancy (54), poirel.nancy.fr

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°730 du 1 janvier 2020, avec le titre suivant : Pop en stock

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