Passage de Retz

Pierre Staudenmeyer

« Assistante sociale » pour riche

Par Christian Simenc · L'ŒIL

Le 19 novembre 2009

Rares sont les définitions subtiles à propos du vocable « design ». Le galeriste Pierre Staudenmeyer avait, lui, une très belle formule : « Cet art condamné à servir au quotidien. »

Né en 1952, diplômé en commerce et en… psychanalyse, Pierre Staudenmeyer devient d’abord marchand spécialisé dans les années 1950. On lui doit d’ailleurs, sur ladite époque, un ouvrage de référence : La Céramique française des années 50 (éd. Norma, 2001).
   
    Parce qu’il ne se satisfaisait pas de ce que l’art lui apportait au début des années 1980, il fonde à Paris, en 1984, avec son complice Gérard Dalmon, la galerie Néotù, spécialisée en objets et mobilier contemporains. Jusqu’en 2001, date de sa cessation d’activité, il y montre non seulement une foule de créateurs internationaux – Andrea Branzi, Ron Arad, Tom Dixon, André Dubreuil, Shiro Kuramata, Gaetano Pesce, Team Zoo, Nanda Vigo… –, mais surtout il éditera, en série limitée ou en pièce unique, près de… huit cents modèles – François Bauchet, Olivier Gagnère, Elizabeth Garouste et Mattia Bonetti, Marco Zanuso Jr, Borek Sipek… –, dont flair oblige, les premières pièces des tout jeunes créateurs que sont, alors, Christian Biecher ou les frères Bouroullec. Face à ceux qui, à l’époque, dénigrent ce travail de galerie fatalement « exclusif », Staudenmeyer fustige les industriels qui, selon lui, ne font pas tout ce qu’ils devraient faire pour devenir de véritables éditeurs.
   
    Et à propos de la fameuse idéologie de la « grande mission sociale » qui incombe au design, il confie, en 2005, un brin caustique : « Le design reste toujours empreint de cette grande mission, non plus simplement par la grande diffusion possible. Nous sommes des assistantes sociales pour les riches. Nous leur permettons de se constituer en modèles pour des gens moins riches » (Intramuros n° 118, mai/juin 2005). Pierre Staudenmeyer poursuivra cette aventure jusqu’à sa mort, en février 2007, à travers une nouvelle galerie baptisée « Mouvements modernes » et un éclectisme jubilatoire et sans limites.
   
    Dans une scénographie signée Kristian Gavoille, cette exposition en forme d’hommage réunit des pièces produites dans ses différentes galeries, des œuvres issues de ses collections personnelles – photographie, graphisme… –, ainsi que des bijoux qu’il imaginait et composait lui-même.

« Ces années-là, les années Staudenmeyer », passage de Retz, 9, rue Charlot, Paris IIIe, tél. 01 48 04 37 99, du 3 décembre 2009 au 15 janvier 2010.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°619 du 1 décembre 2009, avec le titre suivant : Pierre Staudenmeyer

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