Art contemporain

PHOTOGRAPHIE

Philippe De Gobert reconstruit le Havre

Par Christine Coste · Le Journal des Arts

Le 21 juin 2021 - 547 mots

LE HAVRE

Répondant à une commande du MuMa, l’artiste reconstitue sous la forme d’une maquette la ville d’avant et d’après 1945 avant de la photographier, créant une atmosphère de temps suspendu.

Jean-Marie Châtelier, Philippe De Gobert dans son atelier à Bruxelles, 2021 © Jean-Marie Châtelier
Jean-Marie Châtelier, Philippe De Gobert dans son atelier à Bruxelles, 2021
© Jean-Marie Châtelier

Le Havre (Seine-Maritime). Annette Haudiquet a découvert le travail de Philippe De Gobert (né en 1946) au salon Paris Photo de 2017. « Il m’est apparu immédiatement qu’il trouverait au Havre une matière inspirante », affirme la directrice du Musée d’art moderne André-Malraux pour expliquer la carte blanche confiée à l’artiste belge. Ce n’est pas la première commande du musée, qui invite régulièrement un artiste à porter un regard sur la ville. Avant d’accepter, Philippe De Gobert a arpenté pendant deux jours la ville « pour voir s’il y avait quelque chose à faire », dit-il. « Le port, la mer, l’atmosphère de la ville, la visite de l’appartement témoin d’un immeuble d’Auguste Perret ont été les éléments déclencheurs, plus que l’architecture de la ville ou l’architecte. »

L’appréhension d’une ville tout entière est une première pour l’artiste. Depuis trente ans, son œuvre se concentre sur des ateliers d’artiste ou les bâtiments d’architecte de son panthéon, réinterprétés sous la forme d’une maquette susceptible de pouvoir, à travers son image photographique, donner l’illusion d’être à l’intérieur des lieux. Le Havre a été l’occasion d’agrandir les dimensions de la maquette pour créer l’illusion de la mer, d’une ville sous une brume légère. En fin de parcours, le très beau film de Jean-Marie Châtelier tourné dans l’atelier bruxellois pendant la construction du modèle éclaire sur le dispositif original qui prévaut à l’élaboration des photographies du Havre.

Immeubles d’Auguste Perret

Le paysage urbain reconstitué par Philippe De Gobert est celui d’une ville au début de sa reconstruction après sa destruction en 1945, en s’attachant au quartier du musée, alors inexistant, situé à l’entrée du port. Quelques éléments suffisent à poser le décor : deux ou trois immeubles d’Auguste Perret esseulés, édifiés au milieu d’un terrain poussiéreux en bordure de mer, des amoncellements épars de pierres aux abords des quais et des rues désertes ponctuées de réverbères. De cette modélisation sont nées une vingtaine d’images couleur à la force évocatrice d’une ville entre deux époques, celle de l’Occupation placée sous la lumière d’un ciel gris et celle de la reconstruction. Aucun personnage n’apparaît dans l’image. Seuls une voiture, quelques bateaux et de rares lumières aux fenêtres des immeubles signalent une présence humaine. De ces tableaux photographiques, mélange de peintures du XIXe siècle et d’atmosphère à la Hopper, émane une impression de temps suspendu. Les photos noir et blanc de l’intérieur d’un appartement encore vide n’échappent pas à cette ambiance énigmatique, propice à l’imaginaire.

Cet intérêt de Philippe De Gobert pour l’architecture et la fabrique à histoires qu’elle représente est ancien. L’artiste a placé en début de parcours un récit très personnel du merveilleux dans l’architecture qui recontextualise dans son œuvre la série sur Le Havre. De la Colonne détruite du Désert de Retz à la Cité radieuse de Briey par Le Corbusier, des choix transparaissent, illustrés par des affiches, planches illustrées et commentées, conçues spécialement par l’artiste pour son récit. De récentes maquettes sont aussi mises en regard de plus anciennes ayant conduit à des séries photo emblématiques, telles celles de la maison de l’Arbat construite par l’architecte Constantin Melnikov (2002) ou de la Villa Wittgenstein à Vienne (1999).

Philippe De Gobert, du merveilleux en architecture au conte photographique,
jusqu’au 7 novembre, MuMa - Musée d’art moderne André-Malraux, 2, bd Clemenceau, 76600 Le Havre.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°569 du 11 juin 2021, avec le titre suivant : Philippe De Gobert reconstruit le Havre

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