Art ancien

XIXE SIÈCLE

« Paris-Athènes », une ambition bridée par le manque d’espace

Par Jean-Christophe Castelain · Le Journal des Arts

Le 15 octobre 2021 - 795 mots

PARIS

La riche exposition du Louvre sur la Grèce moderne et ses relations avec la France aurait mérité plus de surfaces.

Benoît Loviot, Coupe transversale du Parthénon, 1879, Paris, Beaux-Arts. © Beaux-Arts de Paris / Dist. RMN-Grand Palais.
Benoît Loviot, Coupe transversale du Parthénon, 1879, Paris, Beaux-Arts.
© Beaux-Arts de Paris / Dist. RMN-Grand Palais.

Paris. Les visiteurs de la nouvelle exposition du Louvre consacrée à la Grèce moderne ont intérêt à lire le catalogue, avant d’entrer dans le hall Napoléon, s’ils veulent avoir une chance de comprendre tout ce qui y est présenté. Les trois commissaires, parmi lequels l’ancien président-directeur Jean-Luc Martinez, veulent en effet raconter un siècle de l’histoire politique, archéologique et artistique de la Grèce moderne, décrire les relations avec la France et évoquer les collections du Louvre, tout en déconstruisant des imaginaires. C’est copieux. Une autre difficulté de lecture réside dans les différentes temporalités chronologiques exposées pour un même objet : par exemple, les visiteurs qui prennent connaissance du travail des fouilles archéologiques au XIXe siècle regardent les copies dans une perspective antique. Et, dans le même temps, l’exposition veut montrer l’impact des découvertes à Paris.

Cela fait beaucoup de contraintes pour une exposition qui aurait supporté une superficie au moins deux fois plus grande. La scénographie est volumineuse et l’on manque de recul pour apprécier les œuvres et d’espace pour marquer les différentes sections. Il n’en demeure pas moins que c’est une exposition passionnante qui mérite d’être vue.

« Paris-Athènes » permet ainsi de déconstruire l’image d’une Grèce antique éternelle qui incarnerait à elle seule la culture grecque. Cette Grèce fantasmée doit composer avec la prévalence, pendant plus de mille ans, de l’église orthodoxe et son expression artistique : l’art byzantin. Derrière la première salle qui illustre la Grèce sous l’Empire ottoman à travers les ambassades occidentales qui emportent les premières trouvailles antiques, se dissimule (on peut passer à côté sans la voir) une salle sur l’art post-byzantin, un art encore très peu connu et étudié. On y voit une icône de procession du XIIIe siècle dont la représentation du Christ est très influencée par Venise. On y voit aussi un tableau du Greco, qui a commencé sa carrière en Crète (alors possession de la Sérénissime) en tant que peintre d’icônes dans une tradition byzantine mâtinée, là aussi, d’influence vénitienne.

Une imagerie nationale marquée par l’antique

Les Européens de l’Ouest ne sont pas neutres dans cette construction. Les peuples se sont enflammés pour les insurgés grecs au nom du « berceau de la civilisation occidentale », tandis que les gouvernements ont imposé un regard plus antique que byzantin. C’est Othon Ier, le premier roi (allemand) de Grèce, qui fait appel à des architectes bavarois pour construire dans un style néoclassique les édifices publics de la nouvelle Athènes (palais royal devenu parlement, université, musée archéologique…). Ce sont les Gilliéron père et fils, des illustrateurs et restaurateurs suisses qui, à travers leurs relevés de fouilles (dessins), moulages de monuments et illustrations diverses, ont contribué à une imagerie nationale très marquée par l’antique. Encore aujourd’hui à Athènes, le splendide Musée byzantin est vide, tandis que le Musée archéologique fait le plein de touristes et de locaux.

Les premiers à se rendre compte de l’écart avec la réalité sont les photographes, ainsi Eugène Piot et Pascal Sebah, qui posent leurs appareils devant les ruines de l’Acropole à Athènes ou le temple d’Apollon à Corinthe. Ces ruines peinent à incarner ce que la littérature a éveillé dans leur imaginaire.

Le titre de l’exposition rappelle l’intensité des échanges croisés entre Paris et Athènes. Très tôt les archéologues français se sont rendus sur place pour entreprendre des fouilles. Ils obtiennent la concession des fouilles de Delphes (un travail gigantesque car il a fallu commencer par déménager le village qui s’était installé sur les ruines) et de Délos. En outre, de nombreux artistes grecs ont exposé à Paris à l’occasion des Expositions universelles, tandis que certains s’y sont formés. On ne peut pas dire que leur production ait bouleversé l’histoire de l’art. On voit surtout des scènes de genre, comme il y en avait des centaines au Salon. C’est encore et toujours la Grèce éternelle qui a le plus frappé les esprits.

Bicentenaire de la guerre d’indépendance en Grèce  

Commémoration. En Grèce, le Covid-19 n’a pas permis de donner le lustre attendu aux célébrations du bicentenaire du début de la guerre d’indépendance, en 1821. À Athènes, il est trop tard pour visiter une très importante exposition au Musée Benaki – elle se termine début novembre – qui retrace la révolution grecque à l’aide de plus de 1 200 objets historiques et œuvres, dont certains ont été prêtés au Louvre. Il sera en revanche toujours possible d’aller à la Pinacothèque qui a rouvert en mars, après sept années de travaux, avec des espaces d’exposition qui ont quasiment doublé grâce à la construction d’une nouvelle aile. Sa directrice, Marina Lambraki-Plaka, qui est aussi commissaire de « Paris-Athènes », y déploie une sélection de 400 ans d’art grec.

 

Jean-Christophe Castelain

Paris-Athènes, naissance de la Grèce moderne, 1675-1919,
jusqu’au 7 février 2022, Musée du Louvre, rue de Rivoli, 75001 Paris.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°575 du 15 octobre 2021, avec le titre suivant : « Paris-Athènes », une ambition bridée par le manque d’espace

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