Samedi 28 novembre 2020

British Museum, Londres

Parés pour le grand voyage

Jusqu’au 6 mars 2011

Par Pierre Morio · L'ŒIL

Le 17 décembre 2010 - 364 mots

Comment proposer au public, en période de disette budgétaire, des expositions intelligentes ? En se basant sur les points forts de ses collections, comme le démontre brillamment le British Museum avec sa nouvelle exposition consacrée au Livre des Morts des anciens Égyptiens.

Il faut dire que le musée anglais possède la plus belle collection hors d’Égypte de ces manuscrits qui accompagnent le défunt dans sa sépulture. 

Pour l’occasion, sont sortis des réserves le papyrus d’Ani, ceux d’Anaï, d’Hunefer et le papyrus Greenfield, bien connus des spécialistes et présentés pour la première fois ensemble. Ces papyrus d’une étonnante fraîcheur s’offrent à nos regards et dévoilent les croyances et les peurs des Égyptiens, si proches des nôtres.

Il n’est pourtant pas question ici de présenter une nouvelle lecture du Livre des Morts – dont la traduction littérale des hiéroglyphes est plutôt « le livre pour sortir au jour » –, mais de plonger le visiteur  dans le quotidien d’une civilisation où la mort joue un rôle important. Car ce livre est un recueil de formules magiques et incantatoires assurant protection et pouvoir au défunt pour combattre les ténèbres lors de son voyage dans l’au-delà. Il a permis aux égyptologues de reconstituer les rites d’embaumement et certaines scènes de la vie quotidienne. 

Ainsi, représenté sur le papyrus d’Hunefer, le rite de l’ouverture de la bouche redonne l’usage de la parole au défunt embaumé, afin que celui-ci puisse se défendre et répondre de ses actes pendant son voyage, notamment pendant un autre épisode important : la cérémonie de la pesée du cœur, siège de l’âme. Cette scène est présente sur la plupart des recueils. Le défunt y soumet toutes ses actions passées à l’appréciation de Maât, déesse de l’ordre du monde et de la justice, qui décide si l’âme peut continuer à évoluer dans l’au-delà ou disparaître, dévorée par une créature maléfique. Et comme toute chose nommée, à l’écrit comme à l’oral, prend vie, on comprend toute la charge symbolique de ces livres, véritables témoins du raffinement de cette civilisation des bords du Nil.

Voir

« Voyage dans l’au-delà : Le Livre des morts des anciens Égyptiens »,
British Museum, Great Russel Street, Londres (Grande-Bretagne), www.britishmuseum.org, jusqu’au 6 mars 2011.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°631 du 1 janvier 2011, avec le titre suivant : Parés pour le grand voyage

Tous les articles dans Expositions

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque