Lundi 10 décembre 2018

Paoli

Sa liberté guidant le peuple corse

Par Colin Lemoine · L'ŒIL

Le 2 novembre 2007 - 699 mots

Figure majeure de l’indépendance corse, précurseur des démocraties européennes, Pasquale de’Paoli fut longtemps un contemporain capital. Son île natale lui rend hommage.

Deux cents. Tel est le nombre des années qui nous séparent aujourd’hui de la mort de Pasquale de’Paoli, survenue à Londres en 1807. Tel est, également, le nombre de pièces venues étayer le foisonnant propos du musée de la Corse de Corte pour l’exposition consacrée à ce héraut de la liberté. Les chiffres ont le mérite d’être éloquents : il s’agissait de faire de ce bicentenaire une commémoration qui, à l’image de son sujet, excédât les seules frontières insulaires.
Aussi l’Angleterre, l’Italie ou le Vatican se sont-ils pour un temps dessaisis d’œuvres et de documents substantiels destinés à illustrer cette phrase de Voltaire au sujet de son illustre cadet : « Toute l’Europe est corse. »

De l’ombre aux Lumières
Si la grande bleue et les escarpements offrirent longtemps des contrastes topographiques aptes à dissimuler et défendre qui savait les apprivoiser, la férocité systématique du joug génois intima bientôt les plus récalcitrants à respirer et à conspirer sous d’autres cieux. Mer et montagne : Naples, abritant ses plages et ses lettrés au pied du Vésuve, fut donc la cité d’élection du jeune Paoli et de son père Hyacinthe, patriote convaincu et figure de proue de l’indépendance.
Là, dans la ferveur du savoir et la fureur d’une Europe malmenée par les nations et les couronnes, Pasquale fréquente la littérature classique, de Virgile à Horace en passant par Tite-Live. Revisitant les siècles, il prépare l’avenir. Anciens et Modernes nourrissent son âme révolutionnaire et son « esprit des lois ». Quand tout cela n’était encore que littérature…

Le rayonnement du Grand Soir
L’homme de lettres se doit d’être un homme d’action. Lue et approuvée la philosophie émancipée de son temps, Pasquale de’Paoli est élu général en chef de la Nation et regagne en 1755 une Corse déchirée entre les querelles intestines et les prérogatives étrangères.
Stratège utopiste et politicien pragmatique, Paoli affirme l’indépendance de cette république embryonnaire. Sans coup férir. Enclin à éviter le sang, il proclame une Constitution qui propulse l’île de Beauté au rang d’île de Liberté et de premier État démocratique de l’Europe des Lumières.
À l’image de la fameuse toile d’Henry Benbridge, l’iconographie contemporaine fixe ses faits et gestes. Exaltant la souveraineté du peuple, il fonde une flotte, une université, une monnaie ou encore une imprimerie dans ce seul « pays capable de législation », selon les mots de Rousseau.
Mais si la Corse est une pièce maîtresse sur l’échiquier politique européen, ses pions sont encore faibles et le roi adverse entreprenant. En 1768, Louis XV défait sauvagement les armées paolistes et, avec elles, la seule période d’indépendance qui fut donnée à l’île. Filant à l’anglaise, le « paladin de la Liberté » gagne Londres.

Crépuscule d’une idole
Sur le chemin de ce nouvel exil, Pasquale de’Paoli échange avec ceux qui l’applaudissent : Goethe, Catherine II de Russie ou sir Joshua Reynolds. Quoique improvisé dandy mondain, il inspire Benjamin Franklin et Thomas Jefferson en vue de l’Indépendance des États-Unis. Pour preuve singulière : sept villes américaines portent désormais son nom.
En 1789, la Révolution signe son retour dans une Corse désormais française que Paoli représente à l’Assemblée constituante. Triomphal, le retour est écourté : le patriotisme originel de Paoli attise son désir de liberté et, conséquemment, celui de son île natale. L’histoire d’un universalisme inconciliable avec sa terre, méridionale et intransigeante ?
Un ultime refuge en Angleterre le laisse en proie à cette question, isolé après avoir été adulé, déchu après avoir été courtisé. Un roi se meurt. Seul face à ses portraits exécutés par Reynolds ou Flaxman. Aujourd’hui, du haut du musée de Corte, deux siècles d’histoire nous contemplent...

Biographie

1725 Naissance à Morosaglia en Corse. 1739 Se réfugie en Italie avec son père, un insurgé corse qui réalise aux génois l’indépendance de l’île. Il entre à l’école militaire de Naples. 1755 Il prend la tête de l’insurrection pour l’indépendance de la Corse et devient Général de la Nation. Il initie la deuxième constitution Corse fondée sur la séparation des pouvoirs et accorde le droit de vote à tous les citoyens. La Corse devient le premier État démocratique de l’Europe des Lumières. 1794 Élevé au rang de «”‰Père de la Patrie”‰». 1807 Pasquale de’Paoli décède à Londres.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°596 du 1 novembre 2007, avec le titre suivant : Paoli

Tous les articles dans Expositions

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque