Panorama de la gravure allemande de 1890 à 1930

Par Manou Farine · L'ŒIL

Le 1 novembre 2006 - 340 mots

Schongauer et Dürer avaient ouvert la voie d’une singularité graphique dans la pratique de la gravure du Nord. Le musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg rappelle la persistance de la tradition allemande.
Optant pour la continuité de l’histoire, l’exposition circonscrit son propos au tournant du xxe siècle, relevant une contiguïté de pratique entre les maîtres de la Renaissance et les tenants du Jugendstil, du Bauhaus, les acteurs de l’expressionnisme et ceux de la Nouvelle Objectivité : Max Liebermann, Käthe Kollwitz, comme Ernst Ludwig Kirchner, Emil Nolde, Kandinsky, Oskar Schlemmer, Laszlo Moholy-Nagy, Paul Klee, puis Otto Dix et George Grosz, tous rassemblés par un médium dont le renouveau se fait sentir dès les années 1890 en Allemagne.
L’occasion de reprendre le fil de l’histoire et de rectifier la rupture généralement admise entre angoisse expressionniste et rationalisme du Bauhaus. L’occasion de rappeler les échos tenaces du Jugendstil dans les expériences de la célèbre école, en particulier à ses débuts à Weimar. L’occasion encore de dévoiler les trésors exceptionnels, mais mal connus, issus des principaux fonds français d’estampes allemandes.
Le parcours rappelle en filigrane les enjeux de la gravure allemande qui cherche à définir une pratique nationale et à se situer dans les rapports de force en Europe. Le xxe siècle se charge de faire de sa reproductibilité un outil capable de servir les ambitions esthétiques, sociales et politiques des avant-gardes, soucieuses de conquérir les masses. Les ateliers du Bauhaus voient d’ailleurs en elle une pratique idoine pour servir l’utopie d’une fusion entre art et artisanat.
C’est au demeurant après le traumatisme de la grande guerre que se joue véritablement le renouvellement du médium. Pointe sèche, ligne épaisse et sombre, traits aigus accompagnent les derniers soubresauts expressionnistes, tandis que la nouvelle objectivité de Dix et Beckmann fait de la gravure l’instrument acide et lucide d’un regard sans illusion sur la société qui s’apprête alors à sombrer.

« Utopie et révolte, la gravure allemande du Jugendstil au Bauhaus », MAMC, 1, place Hans Jean Arp, Strasbourg (67), tél. 03 88 23 31 31, www.musees-strasbourg.org

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°585 du 1 novembre 2006, avec le titre suivant : Panorama de la gravure allemande de 1890 à 1930

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