Bijouterie

Ode aux grâces féminines

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 20 juillet 2007

Le Musée du Luxembourg rend un sobre et juste hommage à René Lalique, l’inventeur du bijou moderne.

PARIS - Connu du public pour ses productions en verre, René Lalique (1860-1945) l’est moins pour ses créations de bijoux, alors que ce sont elles qui lui ont assuré le succès, couronné en 1900 à Paris lors de l’Exposition universelle, où les femmes se bousculaient devant ses vitrines. En 1991, Yvonne Brunhammer, conservatrice honoraire du patrimoine, proposait la première exposition sur ce sujet au Musée des arts décoratifs, à Paris. Elle récidive aujourd’hui au Musée du Luxembourg, en réunissant quelque trois cents pièces, dessins, moulages et maquettes, rendant ainsi un bel hommage au créateur du bijou comme art total. Plusieurs collectionneurs privés ont joué le jeu des prêts, faisant parfois réapparaître des pièces connues jusque-là uniquement par des photographies, tel ce somptueux ornement de corsage – Scarabées (vers 1897-1899) en or, chrysoprase, diamants et brillants, représentatif de la richesse d’invention de Lalique. Les musées détenteurs de pièces majeures, tels le Metropolitan Museum of Art à New York ou la Fondation Calouste-Gulbenkian, à Lisbonne, ont également accepté d’y exposer leurs trésors. Contemporain de Lalique, le collectionneur d’origine arménienne (1869-1955) a en effet réuni un ensemble de soixante-dix pièces de grande qualité, essentiellement des bijoux, achetés pour satisfaire son seul plaisir d’amateur.

Sentiment de vie
De 1885, date de l’ouverture de son premier atelier où il emploiera rapidement une trentaine de collaborateurs, à 1912, René Lalique s’est ainsi consacré à la fabrication de pièces uniques. À l’heure de l’éclectisme, son inspiration puise dans le bestiaire médiéval de Viollet-le-Duc, mais aussi dans le répertoire ornemental de la Renaissance et l’œuvre de Benvenuto Cellini (1500-1571), célèbre orfèvre florentin dont il admire le travail. « Si son époque est celle de l’Art nouveau, Lalique n’appartient pas à ce mouvement qui est mort de se caricaturer. Ce n’est pas le cas de Lalique, qui abandonne la création de bijou lorsqu’il estime être allé au bout de sa démarche », précise Dany Sautot, co-commissaire de l’exposition. Sa source de prédilection demeure l’univers féminin, dans une veine symboliste où la femme prend l’image d’une mutante cuirassée ou d’une libellule, alors que sa longue chevelure ondulante compose le cadre des broches ou des plaques de colliers de chien. Les nombreux croquis de plantes et d’insectes illustrent également le rôle des images de la nature dans son processus créatif. Usant d’une veine naturaliste, Lalique retranscrit dans les matières précieuses un sentiment de vie, alors que la mode du japonisme et l’importation de nouvelles espèces de plantes exotiques stimulent cet intérêt. Dessinateur d’exception et maître de son œuvre, dont il contrôle les différents stades de fabrication, Lalique parvient à rénover l’art de la bijouterie, détrônée depuis le XVIIIe siècle par la joaillerie, jouant exclusivement sur la qualité des pierres employées. Aussi précieuses que soient ses créations, elles n’arborent pas nécessairement les joyaux les plus rares, mais réhabilitent l’émail, la corne, la topaze ou le corail. « Contrairement à de nombreux bijoux, une création de Lalique ne peut pas être désossée », confirme Dany Sautot. C’est dans cet esprit que Lalique se tourne vers le verre moulé, plus robuste que certaines pierres semi-précieuses, matériau auquel il consacrera, à partir de 1912, le reste de sa carrière.

RENÉ LALIQUE, BIJOUX D’EXCEPTION (1890-1912)

Jusqu’au 29 juillet, Musée du Luxembourg, 19, rue de Vaugirard, 75006 Paris, tél. 01 45 44 12 90, www.museeduluxembourg.fr. Catalogue, éd. Skira, 285 p., 39 euros, ISBN 978-88-6130-098-9

RENÉ LALIQUE

- Commissaires de l’exposition : Yvonne Brunhammer, conservatrice générale honoraire du patrimoine et ancienne conservatrice en chef du Musée des arts décoratifs, Paris ; Dany Sautot, ancien conservateur des musées Baccarat - Scénographie : Hubert Le Gall

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°255 du 16 mars 2007, avec le titre suivant : Ode aux grâces féminines

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